Le projet scientifique vise à étudier le millénaire médiéval sous l’angle des pouvoirs. Il y a là un chantier de grand intérêt, sans doute déjà exploré, mais capable de fournir des résultats intéressants et neufs, tant la matière est vaste et tant les méthodes se sont récemment renouvelées comme l’attestent d’ailleurs plusieurs des travaux publiés par les membres du centre. A cette fin, le dessein est d’utiliser des documents de toute nature: traités théoriques et didactiques, actes de la pratique, témoignages archéologiques et iconographiques… L’accent doit être mis sur les dimensions religieuses des pouvoirs, sur les rituels profanes et sacrés, sur l’imaginaire des pouvoirs comme sur les institutions qui structurèrent l’action des hommes à travers la longue durée. L’approche biographique et prosopographique doit également être envisagée. Compte tenu de la spécialité des membres de l’équipe (professeurs et maîtres de conférences chevronnés mais également jeunes chercheurs), l’espace français est privilégié mais les autres domaines géographiques sont considérés, notamment l’Italie, l’Angleterre, l’Empire… L’activité s’organise autour de trois sous-axes principaux : – Jeux et enjeux des pouvoirs à l’époque féodale
– Culture et pouvoir au Moyen Age
– Pratiques du politique et usages sociaux dans les derniers siècles du Moyen Age

1) Animation et encadrement de la recherche

L’objectif est de favoriser le développement et le rayonnement des études médiévales au sein de l’UMR 8596. Le nombre des thèses soutenues dans ces dernières années, le nombre considérable et en augmentation forte chaque année des thèses inscrites montrent de manière évidente le dynamisme de cette équipe et la capacité d’attraction et de formation qui est la sienne. De manière générale, le nombre des thèses inscrites en co-direction avec des collègues appartenant aux autres Universités françaises prouve l’ampleur du réseau scientifique dans lequel s’insère l’équipe. Le nombre des thèses inscrites en co-tutelle (Moscou, Gand, Florence, Rome, Bologne, Milan, Prague) démontre de même le rayonnement international de l’équipe. Il faut de même souligner que les docteurs en histoire médiévale de Paris-IV-Sorbonne ont dans leur ensemble une excellente insertion professionnelle, signe de la qualité des travaux poursuivis et encadrés au sein de cette équipe. Pour donner un exemple, E. Crouzet-Pavan a fait soutenir les thèses suivantes : Martignoni Andrea: « Mots et gestes de la foi : les expériences religieuses en Frioul à la fin du Moyen Age » (2007) ; Faugeron Fabien : « Nourrir la ville : ravitaillement et marché de l’alimentation à Venise à la fin du Moyen Age » (2009) ; Vuillemin Pascal : » Paroisses et communautés paroissiales à Venise à la fin du Moyen Age » ( 2009)Dauphant Léonard : « Toute France : construction et représentations de l’espace politique français XVe siècle» (2010) ; Smagghe Laurent : « Les émotions du prince. Représentations et manifestations des émotions dans les Pays-Bas bourguignons à la fin du Moyen Age » (2010) ; Bouchet Serge : « Chroniqueurs citadins et nouveaux pouvoirs en Emilie-Romagne à la fin du Moyen Age » (2011) ; pour ce qui est des thèses en co-direction : Marchi-Van Cauwelaert Vanina : « Gênes et la Corse du Sud au XVe siècle » (avec J. Cancellieri ; Université de Corte) (2007) ; Petrescu Ecaterina (co-direction avec J.-C. Cheynet. Université de Paris IV): « Pour une histoire agraire de la Morée franque dans les derniers siècles du Moyen Age » (2008) ; pour ce qui est des thèses en co-tutelle avec université de Florence ; Tasini Gionata (Università degli studi di Firenze) (co-tutelle avec G. Pinto) : Tribunali intercittadini e curie forinsecorum nei comuni dell’Iatlia centro-settentrionale (secc. XII-XIII). « La curia forinsecorum dans les villes de l’Italie du Nord et du Centre (XIIe-XIIIe siècles) »(2008); Bettarini Francesco (Università degli studi di Firenze) (co-tutelle avec G. Pinto) : « Ser Iacopo degli Ugodonici. De Prato à Raguse : un notaire italien au XIVe siècle » (2009) ; Gualtieri Piero : «

Pistoia : institutions et société à l’âge communal » (co-tutelle avec A. Zorzi) (2010 ) ; Belletti Giulia (bourse de doctorat : Université de Roma Tre avec J.-C. Maire Vigueur) : « Economie et finances dans les vallées de la région de Bergame à l’âge vénitien (XVe-XVIe siècle) » (2012) ; Direction de HDR : Castelnuovo Guido, «Elites, pouvoirs et noblesses de part et d’autre des Alpes (XIIe-Xve siècle)» (2011).

Une part des crédits de fonctionnement et d’équipement a été affectée à la Bibliothèque Boutruche (circa 3 500 volumes d’histoire médiévale) qui fonctionne comme bibliothèque spécialisée pour les étudiants et les jeunes chercheurs en histoire médiévale. C’est dans cette salle que sont dispensés des enseignements en paléographie, diplomatique, sigillographie, latin médiéval qui sont indispensables à la formation à la recherche en histoire du Moyen Age. Une politique d’achat de livres (sources principalement et instruments de travail) a donc été systématiquement conduite. Dans la même optique, on s’est préoccupé de doter cette bibliothèque des outils. Des missions ont été de manière régulière consenties aux doctorants rattachés à l’équipe – beaucoup travaillent sur l’Italie, l’Angleterre, l’Espagne- pour leur permettre de poursuivre leurs recherches à l’étranger ou de participer à de premiers colloques. Enfin, il va de soi que l’effort de formation et d’encadrement a été accompli au sein de chacun des séminaires animés par les professeurs membres de l’équipe et que les crédits accordés trouvent une de leurs premières justifications dans cette entreprise. Un des exemples les plus significatifs du rôle d’encadrement assuré par l’équipe des médiévistes se situe dans l’aide accordée au groupe Questes. Le groupe Questes, association de jeunes chercheurs médiévistes fondée au printemps 2001, a poursuivi de manière régulière ses activités, élargissant le nombre de ses participants et consolidant sa vocation de travail collectif et interdisciplinaire. Au cours de ces quatre années, le groupe Questes a ainsi, avec le soutien matériel de l’UMR, animé un séminaire par mois au sein de la bibliothèque Boutruche au cours de l’année universitaire dont les communications sont publiées dans un bulletin trimestriel, et organisé chaque année une journée d’études internationale dont les actes sont publiés par les Presses Universitaires de Paris-Sorbonne. Enfin, l’UMR a accueilli un certain nombre d’étudiants étrangers en post-doctorat désireux de participer aux travaux de recherches et séminaires d’histoire du Moyen Age

2) Productions scientifiques majeures

Chacun des professeurs a publié de nombreux articles. Tous ont publié des livres. Tous ont participé à des colloques internationaux, prononcé des conférences invitées, assumé des missions d’expertise au plan national et international… Un même bilan quantitatif est à l’actif des maîtres de conférences.

a) Actions scientifiques transversales.. A ce bilan viennent s’ajouter les entreprises collectives (rencontre scientifiques et publications) qui traduisent une activité tout à fait notable et mettent en relief la participation des membres de l’équipe à un certain nombre de projets communs et transversaux. Viennent d(abord des colloques internationaux et journées d’études :
– « Moines et démons », organisé par D. Barthélemy et Rolf Grosse (Institut historique allemand) 28 mai 2008 (sous-axe A)
– Les collèges universitaires en Europe au Moyen Âge et à la Renaissance, organisé par J. Verger et A. Sohn( Paris-Nord), décembre 2008, (sous-axe B) édité chez Winkler, Bochum
– avec Caroline Callard et Alain Tallon, Usages de l’histoire et pratiques politiques en Italie du Moyen Âge aux temps modernes. Autour du concept de réemploi, Université de Paris-Sorbonne Paris IV, 16- 17 octobre 2009 ;
– Les collèges réguliers au Moyen Age et à La Renaissance, organisé par J. Verger et A. Sohn( Paris- Nord), 2009, ( sous-axe B), à paraître chez Winkler, Bochum
– « Usages de l’histoire et pratiques politiques en Italie du Moyen Age aux temps modernes : autour de la notion de réemploi » (Paris-Sorbonne 16-17 octobre 2009) organisé par E. Crouzet-Pavan avec C. Callard et A. Tallon (sous-axe C) et en collaboration avec les modernistes de l’UMR), sous presse aux PUPS
– Piété princière et littérature de dévotion au temps des Valois, organisé par M. Lamy, Paris-Sorbonne mars 2009 ( sous-axe B)

– L’épistolaire politique au Moyen Age : Gouverner en mode épistolaire, Paris-Sorbonne (26-27 novembre 2010), (sous-axe B)à paraître aux PUPS
– L’épistolaire politique au Moyen Age-2 : Authentiques et autographes, L. Vissière en collaboration avec Bruno Dumézil, Paris-Sorbonne (27-28 janvier 2012) (sous-axes B et C)
– « Les auteurs et les textes du Haut Moyen Âge à la lumière des sources manuscrites. Rencontre autour de la publication du 3e tome de la Clavis scriptorum latinorum Medii Aevi. Auctores Galliae, 735-987, éd. M.-H. Jullien (Brepols, 2010) », Sumi Shimahara avec Marie-Hélène Jullien (CNRS-IRHT), Anna Bellitini (CNRS-IRHT), Michel Sot (Paris Sorbonne – Paris IV), IRHT, Paris (29 septembre 2011 (sous-axe B)
– L’Islam au carrefour des civilisations médiévales, M. Sot-D. Barthélemy, colloque international, Abu- Dhabi (mars 2011) Paris, PUPS, 2012 ( sous-axes A. et B).
– « Cités humanistes, cités politiques (1400-1600) » (27-28 mai 2011) (Université de Paris-Sorbonne- University of Chicago, coorganisé par E. Crouzet-Pavan, D. Crouzet-Ph Desan), (soux axe C) à paraître aux PUPS
– Vie de Charlemagne par Eginhard (à paraître fin 2012) Auxerre (septembre 2011 et (juillet 2012), M. Sot, S. Shimahara ( axe B)
– Cris, jurons et chansons. Entendre les « paysages sonores du Moyen Age et de la Renaissance », organisé par organisé par L. Vissière, en collaboration avec Laurent Hablot. (sous-axes B et C) Poitiers (24-25 mai 2012)
Enfin une collaboration scientifique et financière étroite a été établie avec le « groupe. ANR Derniers Capétiens » puisque la plupart des membres de ce groupe ( F. Lachaud, R. Telliez) ( en particulier le porteur du projet, X. Hélary) appartiennent à l’équipe des historiens médiévistes de Paris-IV. Par là même, les actions suivantes ont été menées en commun. (thèmes A. B. et C.) Réunions mensuelles du groupe de travail sur les derniers Capétiens (Bibliothèque Boutruche, université Paris-Sorbonne.

b) publications collectives :
_ Les Nobles et la ville dans l’espace francophone XIIe-XVIe siècles, Th. Dutour éd., Paris, PUPS, 2010, (sous-axe C)
_ D. Barthélemy-J.-C. Cheynet, Guerre et société au Moyen âge. Byzance-Occident : VIIIe-XIIIe siècle, D. Barthélemy- J.-C. Cheynet, Paris, 2010 ( sous axe A)
_ Les chartriers seigneuriaux, XIIIe-XXIe siècle: défendre ses droits, construire sa mémoire, actes du colloque international de Thouars, 8-10 juin 2006, Philippe Contamine- Laurent Vissière, Paris, Société de l’histoire de France, 2010 ( sous-axes B et C)
_ Rerum gestarum scriptor. Mélanges Michel Sot. Textes réunis par Magali Coumert, Marie-Céline Isaïa, Klaus Krönert, Sumi Shimahara, Paris, PUPS, sous presse, à paraître en juin 2012 (sous-axes A et B)

3) « Jeux et enjeux des pouvoirs à l’époque féodale »

Durant les quatre années écoulées, Dominique Barthélemy a poursuivi, dans des séminaires et dans ses publications nombreuses, une série de recherches sur la chevalerie dans la France féodale. Il a identifié une première forme des tournois dans le cadre même de la guerre féodale, en France à partir de 1070, ce qui permet d’expliquer comment dans un second temps, à partir des années 1110, les tournois classiques ont pu émerger, détachés de la guerre féodale. D’autre part, il a reconnu que les conciles dits de « paix de Dieu » dans les Gaules autour de l’an 1000 ont eu la paix comme but mais non comme moyen. Souvent ils ont créé des ligues guerrières, forme de guerre sainte ou à tout le moins sacralisée qui prélude à la croisade extérieure. En outre, il a enrichi son analyse de l’adoubement. Xavier Hélary a poursuivi ses investigations sur la période qui couvre les règnes de Saint Louis à Philippe le Bel, entamées dans sa thèse sur les armées des rois de France de 1270 à 1314. L’objectif est la préparation d’une « habilitation à diriger des recherches » qui concernera le personnage de Pierre de La Broce, premier favori bien attesté de l’histoire de France. L’étude de ce personnage est une fenêtre ouverte sur la société politique au temps des grands Capétiens que sont Saint Louis, Philippe III et Philippe le Bel. Une forte synergie est active entre ces deux chercheurs

Yves Sassier a poursuivi son activité de recherche portant sur les structures et l’idéologie du pouvoir aux IXe-XIIe siècles et sur les sources du droit et la hiérarchie des normes au haut Moyen Age Il a plus spécialement mené une recherches sur la « paix du roi » au XIIe sècle. Il a poursuivi sa réflexion sur les notions d’utilité commune et de bien commun. Il a créé un atelier « Jean de Salisbury » avec Frédérique Lachaud, d’abord MCF à Paris IV, aujourd’hui professeur à l’Université de Metz qui se réunit 4 à 5 fois par an et plusieurs articles issus de cet atelier sont parus ou à paraître. Enfin, il a poursuivi sa traduction commentée du De regia potestate et sacerdotali dignitate d’Hugues de Fleury. H. Oudart a fait porté le regard sur le gouvernement du prince dans le haut Moyen Age. Cet idéal de gouvernement préside à l’action des rois mérovingiens et carolingiens ainsi qu’en témoignent des sources de toute nature. Son intérêt s’est porté sur le rôle des évêques des Gaules au VIe siècle en matière de protection des pauvres. Les fonctions judiciaires que ces derniers exercent alors sont conçues comme une forme de miséricorde à l’égard des faibles. Ces deux chercheurs travaillent en étroite collaboration.

4) « Culture et pouvoir au Moyen Age »

M. Sot a mené des recherches structurées autour du thème de la culture carolingienne. Il a achevé l’important travail de l’Édition et traduction des Gesta pontificum autissiodorensium. Ce grand texte dont la première rédaction date des années 870 et traite de toute l’histoire de l’Eglise d’Auxerre depuis ses origines romaines (vol. 1, 2002) a été continué par des contemporains jusqu’au milieu XIIe siècle dans un manuscrit conservé à Auxerre (vol. 2, 2006). Un manuscrit aujourd’hui conservé au Vatican couvre la période XIVe-XVe et plusieurs livrets, reliés au manuscrit du XIIe siècle, couvre la période XVIe –XVIIe s. (vol. 3, 2009). Il a organisé un colloque international d’histoire comparée (avec François Bougard) : Liber, Gesta, histoire. Ecrire l’histoire des évêques et des papes de l’Antiquité au XXIe sècle ( 2007), publié en 2009. Il a encore organisé avec D. Barthélemy un colloque international à Abu-Dhabi (mars 2011) sur les rencontres de cultures aux premiers siècles de l’Islam, paru sous le titre : L’Islam au carrefour des civilisations médiévales, Paris, PUPS, 2012. Il a aussi établi, en collaboration une nouvelle traduction avec commentaire de la Vie de Charlemagne par Eginhard (à paraître fin 2012). Les recherches de Sumi Shimahara ont porté principalement sur l’histoire des représentations et l’histoire culturelle, à partir du corpus des sources exégétiques carolingiennes pour une grande part inédit (d’où des éditions : Adnotatio breuis in Danielem d’Haymon d’Auxerre, commentaire sur Baruch, commentaire sur les Maccabées), à la philologie biblique à l’époque carolingienne (notamment via l’influence de Théodulfe d’Orléans) et des traductions (Vie de Charlemagne par Eginhard). L’étude du contenu des sources lui a permis de s’associer à des projets concernant l’histoire du politique (projet bi-national Hludowicus à propos de la crise de l’Empire carolingienne), de la culture et des représentations (livre sur l’historiographie médiévale, articles sur la représentation du pouvoir, la culture des élites) ou encore le champ des sciences religieuses (article et atelier de recherche sur la prophétie, sur des thèmes comme le jardin d’Eden, Isaïe 8, 1-8, sur les relations entre Juifs et chrétiens en lien avec la Hochschule für Jüdische Studien de Heidelberg, colloque sur la lumière).

Jacques Verger (à la retraite depuis 2010) a poursuivi ses recherches sur l’histoire de la culture savante, donc écrite et latine. Ces dernières années, il a mis spécialement l’accent sur l’étude des institutions scolaires et universitaires (universités, facultés, collèges), appréhendées en particulier à travers les recueils de statuts ; ces institutions sont analysées à la fois comme supports concrets d’une activité culturelle, comme mode d’organisation des rapports de pouvoir entre gens de savoir en fonction de divers critères (âge, position sociale, discipline pratiquées, avancement dans le cursus), comme instrument enfin de l’insertion de ces institutions au sein des structures sociales, religieuses et politiques englobantes.Un second axe de recherche a été l’étude des figures sociales des gens de savoir, à titre à la fois individuel et collectif : historiographie du sujet, variations dans le temps et dans l’espace, différenciations en fonction des disciplines et du niveau de qualification, réalité des positions sociales et représentations véhiculées par les textes normatifs, narratifs ou littéraires ou par l’iconographie.

Une partie des recherches de F. Lachaud (aujourd’hui professeur à l’Université de Metz) ont

également concerné ce champ. Elle a travaillé en effet et publié (articles, livre, actes de colloque) en effet sur l’éthique du pouvoir en Angleterre entre le XIIe et le XIVe siècle. Tout comme les recherches de M. Lamy sur la place des apocryphes dans les principales Vies du Christ de la fin du Moyen Âge ou sur la question de l’influence des Pères du Désert dans la spiritualité de la fin du Moyen Âge.

Les recherches de Jean-Marie Moeglin (qui a rejoint l’UMR en septembre 2010) se structurent pour une part autour ce sous-axe. Il étudie en effet la place des cérémonies et des rituels dans la culture politique des sociétés médiévales. Il a ainsimené des recherches sur violence des rois, aussi bien réelle que symbolique, telle qu’elle est thématisée au cours des derniers siècles du Moyen âge dans la théorie politique (miroirs du prince) et l’historiographie.

5) « Pratiques du politique et usages sociaux aux derniers siècles du Moyen Age »

E. Crouzet Pavan a, dans ces dernières années, travaillé dans trois directions principales. Ella a rassemblé et repris différents essais d’histoire italienne dans un livre Villes vivantes. Italie. XIIIe-XVe siècle paru en 2009 et elle a continué ses recherches sur l’histoire de la première Renaissance italienne et préparé la traduction italienne (parue) et castillane (à paraître) de Renaissances italiennes. 1380-1500 (2007). Elle a poursuivi ses travaux en histoire urbaine et organisé une rencontre internationale d’histoire comparée à Gand (2010, à paraître). Elle achève enfin un essai de synthèse consacré aux premiers rois de Jérusalem. Elisabeth Crouzet-Pavan achève un essai sur les premiers rois de Jérusalem (1099-1187). Le but n’est pas d’ajouter un livre supplémentaire à une historiographie déjà surabondante sur les premières croisades, même si, pour des raisons faciles à comprendre, cette tradition historiographique semble aujourd’hui comme un peu entre parenthèses. Bien plutôt, il s’agit d’une réflexion sur cet événement inouï qu’est la croisade et sur cet autre événement aussi étonnant pour les contemporains : le fait qu’un homme puisse être roi là où le Christ fut roi. L’ambition est dans ce livre de comprendre comment ces deux événements ont pu être mis en écriture ; elle est donc d’analyser comment cet objet historique qu’est le roi de Jérusalem a été créé et modelé par toute une série de sources narratives.
Les recherches de Th. Dutour sont celles d’un spécialiste de l’histoire sociale de la fin du Moyen Age (fin du XIIIe siècle – fin du XVe siècle) qui prend appui sur la connaissance des sociétés urbaines et celle de l’expression par le langage écrit de la pratique et de la conception des relations sociales. Il s’attache à l’expression, dans le langage des documents de la pratique quotidienne (XIIIe-XVe siècles), de la conception des relations sociales qui rend compte des pratiques et les rend intelligibles pour les contemporains et cherche à répondre à la question : que signifie vivre ensemble pour les contemporains ? Il a réalisé un bilan de l’historiographie existante, portant sur les notions de noblesse, bourgeoisie, élite, notabilité. Il a envisagé les rapports entre pratiques et conceptions sociales. Les publications de L. Vissière sur les cris urbains et les sièges des villes concernent aussi les réalités urbaines de la fin du Moyen Age tout comme les recherches de F. Faugeron qui a rejoint l’UMR en 2011( histoire de l’approvisionnement urbain, histoire de la consommation mais aussi des pratiques et des cultures alimentaires incarnées par les différents groupes sociaux, mais aussi institutions et magistratures urbaines, personnel administratif urbain.
Les travaux de J.-M. Moeglin portent sur la formation des états-nations au cours des derniers siècles du Moyen Age (relations entre identités « dynastiques » et identités nationales dans l’espace français et allemand au cours des derniers siècles du Moyen Âge ; formation des identités urbaines, régionales et nationales dans l’Europe de la fin du Moyen Âge). Ils concernent encore la diplomatie et « relations internationale » au cours des derniers siècles du Moyen Âge et les relations avec l’espace allemand (tome de l’histoire des relations entre l’espace français et l’espace allemand (dirigée par Werner Paravicini et Michael Werner) consacré à la période du XIIIe au XVe siècle).
Les activités de R. Telliez et de X. Hélary entrent dans ce champ de l’histoire des pouvoirs à la fin du Moyen Age. Le premier a poursuivi ses recherches selon deux axes principaux : l’histoire de la construction institutionnelle de l’État et celle de la coercition judiciaire et elles ont donné lieu à la publication de plusieurs contributions à des colloques internationaux ou nationaux portant sur les constructions institutionnelles et sociales de l’office, l’actualisation des pouvoirs royaux et princiers dans un cadre régional (ici le comté d’Artois), selon l’approche de l’interaction sociologique ou sous

un angle thématique (ici le traitement judiciaire du duel), la mise en œuvre de la coercition et de la peine à travers l’exemple de l’emprisonnement. Le deuxième a répondu à l’invitation faite par Philippe Contamine, professeur émérite à l’université Paris-Sorbonne, de participer à la rédaction d’un ouvrage sur Jeanne d’Arc, dans la collection « Bouquins » des éditions Robert-Laffont. Ce projet a abouti en janvier 2012 : un ouvrage fort de plus de 1200 pages, conçu comme un état des connaissances et des perspectives de recherche sur la Pucelle d’Orléans, depuis sa naissance à Domrémy jusqu’à sa postérité actuelle. Les publications de L. Vissière sur les guerres d’Italie ou la question du genre de l’épistolaire politique enrichissent encore la production autour de ces thématiques.

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