Les historiens et les historiennes qui ont marqué l’histoire du CRM.

Roland Mousnier

Roland Émile Mousnier (7 septembre 1907 à Paris – 9 février 1993) est un historien français, spécialiste du début de l’époque moderne en France et des études comparatives entre les civilisations.

Il suivit des cours à l’École pratique des hautes études, fut reçu à l’agrégation d’histoire en 1931 et, entre 1932 et 1947, fut professeur de lycée à Rouen et à Paris. En 1934, il avait épousé Jeanne Lecacheur. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il appartint à la Résistance. Après 1945, il fut professeur à l’Université de Strasbourg (1947-1955) puis à la Sorbonne (1955-1977). Très intéressé par l’histoire sociale, il alla aux États-Unis apprendre la sociologie et l’anthropologie.

Roland Mousnier n’appartenait ni à l’École des Annales, ni au courant marxiste. Situé dans la droite catholique, il exerça un magistère très important à la Sorbonne où il incarnait une histoire sociale différente de celle préconisée par l’École des Annales, ce qui n’excluait pas des convergences car Mousnier pratiquait comme Lucien Febvre une histoire-problème. Pour des historiens rétifs au primat de l’économie et de la géographie historique qu’incarnaient alors les travaux de Fernand Braudel, l’œuvre de Mousnier présentait l’intérêt d’être à la fois novatrice par son approche prosopographique de la société et attachée à rendre compte des aspects politiques et institutionnels du passé. Roland Mousnier entretint ainsi une polémique célèbre avec l’historien soviétique et marxiste Boris Porchnev pour savoir si les révoltes paysannes du XVIIe siècle en France reflétaient ou non une lutte des classes, car il niait que l’idée de classe eût été claire en France à cette époque. À son avis, les classes sociales ne se sont pas manifestées dans la société française comme un facteur important avant le XVIIIe siècle et l’arrivée d’une économie plus orientée vers le marché.

Ce qui le rendit le plus célèbre fut sa théorie selon laquelle tôt la France moderne était « une société d’ordres ». Selon lui, dans la période qui va du XVe siècle au XVIIIe siècle, les gens considéraient l’honneur, le statut et le prestige social comme beaucoup plus importants que la richesse. En conséquence, la société était divisée verticalement d’après les rangs sociaux et non horizontalement d’après les classes. Mousnier a consacré sa vie à étudier comment les rapports entre des ordres différents opéraient à travers des structure corporatives et des réseaux de patronage. Il voyait des rapports de maîtres à fidèles et de fidèles à maîtres dans les relations entre les ordres socialement supérieurs et socialement inférieurs. En général, Mousnier a concentré son attention sur les élites dans la société française. Il constate ainsi que les différences entre les ordres ou à l’intérieur d’un même ordre (par exemple entre la noblesse d’épée et la noblesse de robe) avaient des implications politiques et sociales au moins aussi importantes que les relations entre seigneurs et paysans. Un de ses livres les plus connus, L’Assassinat d’Henri IV examine le climat de l’opinion et le contexte social en France en 1610. Ses conclusions insistent sur la difficulté d’une partie importante de la société française à accepter les conséquences de l’édit de Nantes : si Ravaillac a agi seul, il l’a fait dans un contexte de tensions politiques et religieuses encore fortes. Cet ouvrage contribue à réhabiliter l’événement comme expression d’un ensemble de forces sociales sous-jacentes.

Mousnier a aussi publié en 1969 Les Hiérarchies sociales qui étudie la façon dont des civilisations aussi différentes que le Tibet, la Chine, l’Allemagne, la Russie et la France ont été organisées à travers le temps. Les Hiérarchies sociales sont très critiques envers les sociétés communistes et celles qui se fondent sur « des ordres technocratiques », si bien que beaucoup ont dénoncé cet ouvrage comme une violente attaque de la droite contre le communisme.

Son dernier ouvrage consacré au cardinal de Richelieu est un modèle de biographie alliant psychologie historique et étude du contexte social.

Victor-Lucien Tapié

Victor-Lucien Tapié était un historien et universitaire moderniste français né à Nantes en 19001 et mort en 1974.
Parcours
Il était notamment spécialiste de l’Europe centrale. Il fut professeur à la Sorbonne1.

Alphonse Dupront

Alphonse Alfred François Dupront, né le 26 décembre 1905 et mort en 1990, est un historien français, spécialiste du Moyen Âge et de l’époque moderne.

Ancien élève de l’École normale supérieure (promotion 1925), il est reçu à l’agrégation d’histoire et devient membre de l’École française de Rome (1930-1932). Il dirige ensuite l’Institut français des Hautes Études en Roumanie et la mission universitaire, et devient conseiller culturel. Maître de conférences à l’Université de Montpellier, il soutient en 1957 sa thèse de doctorat consacrée au Mythe de croisade. Étude de sociologie religieuse qui, après être restée très longtemps inédite, sera publiée après sa mort chez Gallimard (1997) à l’instigation de Pierre Nora et d’un certain nombre de ses anciens disciples. Professeur à la Faculté des lettres de Paris, il est élu en 1960 directeur d’études à l’École pratique des hautes études (VIe section), à une direction d’études intitulée « Psychologie collective et histoire de la civilisation européenne »1.

Alphonse Dupront a été le premier président et fondateur de l’Université Paris IV-Sorbonne, en 1970. Il a également été le fondateur du Centre d’anthropologie religieuse européenne à l’EHESS. Il a joué un rôle décisif dans la création et la mise en place de l’Institut universitaire européen de Florence, où il a enseigné de 1976 à 1978.

Sa thèse et ouvrage majeur, Le mythe de croisade articule, dans une perspective structuraliste2 et pluridisciplinaire, psychanalyse, anthropologie, philosophie (sa formation première) et histoire. Alphonse Dupront y décrit, « après la croisade », la persistance et les mutations du mythe de la croisade dans l’inconscient collectif3 de l’Occident chrétien jusqu’à aujourd’hui.

Raymond Picard

Raymond Picard est un universitaire français né à Paris le 6 août 1917 et décédé le 5 septembre 1975 à Bligny1,2.
Spécialiste du théâtre de Jean Racine, auquel il a consacré une thèse en 1956, il est également connu pour s’être opposé à Roland Barthes et avoir, plus généralement, dénoncé ce qu’il considérait comme les « impostures » de la « nouvelle critique ». Raymond Picard avait préparé la première édition, en deux volumes, des œuvres complètes de Racine dans la Bibliothèque de la Pléiade.

Raymond Picard eut de nombreux disciples, parmi lesquels Marc Fumaroli.
Marié, père de trois enfants, Raymond Picard était l’oncle par alliance du comédien Charles Berling.
Conformément à sa volonté, la messe de ses funérailles eut lieu en l’église Saint-Étienne-du- Mont, où repose la dépouille de Racine.

Pierre Chaunu

Données clésNaissance17 août 1923 à Belleville-sur-MeuseDécès22 octobre 2009 à CaenPrincipaux intérêtsDémographie historique, Charles Quint, Histoire, Nouveau MondeInfluencé parÉcole des Annales, Fernand Braudel, Lucien Febvre, RéformePierre Chaunu, né le 17 août 1923 à Belleville-sur- Meuse, dans la Meuse, en Lorraine, et mort à Caen le 22 octobre 20091, est un historien français, spécialiste de l’Amérique espagnole et de l’histoire sociale et religieuse de la France de l’Ancien Régime (XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles). Grande figure française de l’histoire quantitative et sérielle, cet agrégé d’histoire et docteur ès lettres a été professeur émérite à Paris IV-Sorbonne, membre de l’Institut et commandeur de la Légion d’honneur. Protestant, il a défendu des positions conservatrices, notamment dans une chronique qu’il a longtemps tenue pour Le Figaro et à l’antenne de Radio Courtoisie.

o Son enfance
Pierre Chaunu est né le 17 août 1923 à Belleville-sur-Meuse. Il a été élevé par son oncle et sa tante car sa mère est décédée quelques mois après sa naissance et son père cheminot, était rarement à la maison. Sa jeunesse s’est déroulée dans le cadre d’une éducation rousseauiste et voltairienne, donc anticléricale et catholique conformiste2.
Il vit à Ban-Saint-Martin près de Metz jusqu’à ses quinze ans. Pour fuir ensuite le danger allemand, son oncle et sa tante déménagent à Rouen, en Normandie.
Chaunu dit lui-même avoir été passionné par l’histoire dès sa jeunesse. Dans sa description de celle- ci, il semble qu’il ait été entouré par presque toutes les périodes historiques. En effet, les guerres ont joué un certain rôle dans sa vie. Il a grandi à Verdun où vivaient ses grands-parents maternels. Il connaissait très bien les terrains qui avaient été combattus par les armées françaises et allemandes autour de Verdun. Même après sa naissance, les villes comme Verdun et Reims étaient encore très marquées par la guerre de 1914-1918. La guerre entre la France et l’Allemagne de 1870-1871 a également beaucoup influencé Chaunu car les terrains combattus et les monuments aux morts entre Rozérieulles et Gravelotte près de Metz, étaient encore très présents.
Mais la Lorraine, et surtout la région autour de Metz ne le fascinait pas uniquement à cause des reliques de guerres passés. Metz est une ville qui a souvent changé de nation, ce qui se reflète par les différents styles des édifices comme il cite la place d’Arme et la cathédrale qui font partie pour lui du Moyen-Âge et pour certain de l’époque Wilhelmienne. Il se trouve que des restes de traces romaines ont également attiré sont attention comme à Jouy-aux-Arches où se situe un aqueduc romain3.
Mais l’élément décisif qui le mène à s’intéresser sérieusement à l’histoire est la mort de sa mère qui a beaucoup affecté sa famille. La mort est le moteur dans sa vie d’historien, il l’a croisée dans son enfance avec la mort de sa mère, plus tard la mort de son oncle et enfin la mort de son fils à l’adolescence. La mort engendre l’oubli, ce qu’il veut a tout prix empêcher, il veut enrichir la mémoire de l’avant et ainsi faire reculer la mort4.
Ses débuts d’historien
Après le baccalauréat Pierre Chaunu avait le choix entre des études de médecine et des études d’histoire. Son choix se porta sur l’histoire, et à partir de 1940 jusqu’à 1944 il étudiait à la Sorbonne. Pendant ses études à Paris, il a été très influencé par de Gaulle en 1940 et désapprouvait surtout le socialisme français.
En 1945, il rencontrera Fernand Braudel, par lequel il sera très influencé. Après ses études, il épouse Huguette Catella et retourne en Meuse à Bar-le-Duc pour un premier poste. Il y écrit son mémoire de

DES sur Eugène Sue, qui sera publié en 1948 et qu’il considère dans son égo-histoire comme un divertissement. Après un séjour à l’armée il se préparait alors pour l’agrégation. Chaunu a commencé à trouver sa direction à l’aide de ses recherches sur l’Amérique Latine et dans son livre « Que sais-je ? »5.
En 1948, Pierre Chaunu et sa femme aident Lucien Febvre à créer la VIe section de l’école pratique des hautes études.
Entre 1948 et 1951 il vit en Espagne à Séville et Madrid pour ses recherches. Celles-ci portent sur le Pacifique et l’Atlantique et les échanges économiques entre les continents. Il publiera deux livres sur ses recherches: Séville et l’Atlantique (1955-1960) composé de douze volumes, qui est un commentaire et une interprétation de l’histoire de l’Amérique espagnole et des échanges transocéaniques, qui sont les échanges les plus important de l’époque moderne, et Le Pacifique (1960-1966)6.
Depuis le succès de de Gaulle en 1940, Chaunu était gaulliste et ses choix et opinions suivaient ceux du général. Et enfin en 1954 il se convertit à une Église de la Réforme pour se sentir plus libre de ses gestes et faits.
De 1955 à 1956 il est professeur de lycée et enseigne l’histoire. Et de 1956 à 1959 il est détaché au CNRS (Centre National de la Recherche Scientifique). Il est alors maître de conférence et dans les années 1956-1957 il est attaché de recherche. En 1959 il est chargé de cours à Caen.
Enfin il soutient sa thèse en 1960. Celle-ci se compose des recherches qu’ils avait faites en Espagne quelques années auparavant et de son livre, Séville et l’Atlantique, qui est sa thèse principale. Ce travail servira plus tard à Berkeley et ce dernier servira encore à Chaunu pour sa conclusion. En effet dans ses larges recherches rassemblés dans Séville et l’Atlantique Chaunu formule l’hypothèse que le retournement conjoncturel du début du XVIIe siècle, traduit par une nette rupture tendancielle du trafic de l’Atlantique (est) provoqué par le détournement d’une grande partie de la production d’argent américain en faveur de la Chine 7. Mais ses recherches montrent que l’hypothèse n’est pas correcte car la conjoncture du Pacifique est semblable à celle de l’Atlantique. À la fin de ses recherches il conclut que la diminution des échanges est due à une catastrophe démographique dont l’origine est probablement la rencontres des Européens immunisés avec les indigènes fragiles7. Cette conclusion l’amènera à se pencher sur la démographie historique.
Après ceci il s’oriente vers le travail à l’université. En 1961 il est titularisé et fait partie de l’école des Annales. Il continuera de publier des recherches sur l’Espagne et l’Amérique pendant vingt ans.
En 1968 lors des manifestations d’étudiants, Chaunu se sent obligé de prendre position. Il suit la droite et demande alors des réformes. Il souhaite maintenir le système tout en le restaurant au fur et à mesure. Mais comme il le déclare lui-même dans son essai d’égo-histoire, cette année l’a beaucoup influencée. Il est déçu par les étudiants, il considère qu’ils sabotaient tous les efforts des historiens de faire avancer la science8.
Fondateur de l’histoire quantitative
Il fonde ensuite le centre de recherche d’histoire quantitative et publiera l’Atlas historique de Normandie, les Annales de Normandie et les Cahiers des Annales de Normandie.
Ainsi Chaunu s’est intéressé au développement démographique en Europe, avec une vue différente après avoir connu le développement démographique en Amérique espagnole. Par conséquent il présente un système complexe qui s’organise autour de la modification fondamentale, du XIIe au XVe siècle, de la mutation de l’âge au mariage9. Autour de ce sujet il a publié beaucoup de livres comme L’Europe classique (1966), L’Europe des Lumières (1971), Histoire, sciences sociales (1974), Un futur sans avenir (1979) et Histoire et imagination (1980). Mais aussi beaucoup d’articles sont parus, la

plupart dans Histoire quantitative, histoire sérielle. Dans son livre Histoire, sciences sociales, Chaunu a une réflexion méthodologique qui décrit sa propre pensée historique10. Il essaie de faire une description de l’avenir avec les éléments du présent. Dans ce livre il intègre l’histoire économique qui rend compte des problèmes de méthodes, ainsi que la démographie historique qui rend possible une mesure des comportements des hommes par rapport à la mort, ce qui débouche sur une nouvelle méthode et une nouvelle voie de travail. Il essaie également d’incorporer une histoire culturelle sérielle tout en plaçant ses recherches sous le signe du changement11. Il s’interroge sur les raisons et les conséquences du choc démographique en Europe. L’Europe classique est représentatif pour tous les thèmes auxquels Chaunu apporte un certain intérêt car il y intègre l’histoire économique mais aussi la démographie historique, la révolution scientifique et religieuse12. De plus c’est un travail de synthèse correspondant à la nouvelle histoire avec un nouveau style d’écriture. Dans L’Europe des Lumières, Chaunu commence à intégrer l’analyse culturelle ainsi qu’une réflexion sur la croissance, il associe les hypothèses et les recherches12.

La chute démographique de 1973 a beaucoup inspiré Chaunu dans ses recherches de prospective — l’étude de l’évolution d’une société dans un avenir proche — avec le temps qui passe comme principal enjeu. De plus avec la publication du livre De l’histoire à la prospective en 1975 il va faire une première analyse historique du présent. De plus dans cette publication ainsi que Dans le refus de la vie (1975) et La peste blanche (1976) il prédit le déclin démographique en Europe et en France et en profite pour faire un signe rappelant que cela peut être dans l’avenir une conséquence de l’avortement.

Pendant toutes ces années de travail, Chaunu s’est appuyé sur trois axes de travail : la synthèse, une recherche de quantification du difficilement quantifiable et l’axe professionnel13.
Histoire sociale et religieuse en France
L’histoire de la France est un sujet qui a beaucoup touché Pierre Chaunu. Il dit lui-même que la plupart des études qu’il a dirigées portent sur la France. Il s’intéresse à l’histoire de la France mais il porte également un certain intérêt à l’Ancien Régime. Dans ses recherches et publications sur la France il se dit être en quête de l’identité de la France en ayant toujours en tête les souvenirs de son enfance et les images qui montrent les traces de la Première Guerre mondiale. Ses recherches sont un mélange d’histoire quantitative et d’histoire sociale comme le montrent ses livres. En effet, L’histoire de la sensibilité des Français à la France, Histoire de France, Grande Chronique de Saint Denis, France, La Mort à Paris ou encore Trois milles foyers parisiens aux XVIIe et XVIIIe siècle montrent son patriotisme et son attachement à son pays natal. Dans ces œuvres il s’intéresse aussi à l’histoire des attitudes, à l’histoire culturelle de la mort, il mesure les comportements saisis dans les testaments parisiens, il s’intéresse aux rapports à l’enfant avec l’exemple de Louis XVIII et à la manière de vivre de la population11.

Puis il commencera à s’intéresser plus particulièrement à la religion et un peu à la philosophie. Là encore beaucoup d’articles verront le jour comme Le temps des réformes, Culture et société, La mémoire et le sacré, La violence de Dieu, etc.
En parallèle avec son travail il s’engagera activement contre la législation de l’avortement en 1968. Ce combat peut être replacé dans le contexte de ses recherches démographiques en Europe et son engagement théologique. Dans ses recherches sur l’évolution démographique des pays industrialisés, il dit qu’elles sont encore compromises par les atteintes portées à un principe fondamental de la civilisation judéo-chrétienne ce qui serait une position fâcheuse face à la montée du tiers-monde. Pierre Chaunu, un des analystes les plus pénétrants des démocraties occidentales reste pendant tout ce temps fidèle à la tradition libérale14. Chaunu a profité des nombreuses parutions de ses livres

pour pour faire connaître ses opinions au monde entier, que ce soit à propos de la religion, des manifestations d’étudiants et de l’avortement en 1968 ou encore avec le retour des communistes dans les partis politiques français. Il dit lui-même que l’historien doit être polémiste.
Postérité et influence

Durant toutes ses années d’activités il était membre des élus du CNRS et actif dans différents conseils de l’université. Mais il n’est pas seulement historien mais aussi journaliste, chroniqueur à la radio et à la télévision, polémiste et homme de médias15. Il sera professeur d’histoire moderne à la Sorbonne jusqu’à sa retraite. Pendant vingt-six ans d’université il a participé a plus de quatre cents jurys de thèses et dirigé plus de quatre cents mémoires de maîtrise.

Père de six enfants, l’historien fondateur de l’histoire quantitative s’est éteint le 23 octobre 2009 à Caen.

François Crouzet

Données clés
Naissance 20 octobre 1922 Décès 20 mars 2010
Principaux intérêts
Grande-Bretagne, économie britannique François Crouzet, né le 20 octobre 1922 à Monts-sur- Guesnes et décédé le 20 mars 2010 est un historien français spécialiste de l’histoire de la Grande- Bretagne. François Crouzet s’est imposé comme l’un des grands historiens français dès sa thèse, parue en 1958, L’économie britannique et le Blocus Continental 1806-1813. Il a été à partir de ce moment le meilleur connaisseur français de l’économie britannique, et plus généralement de l’histoire de la Grande-Bretagne. C’est surtout auprès de ses collègues anglais que la reconnaissance a sans aucun doute été la plus forte pour le caractère novateur de ses livres et articles. Les travaux d’histoire économique qu’il a consacrés à la France sont également de premier plan et ils ont, eux aussi, exercé une grande influence. Professeur à l’Université Paris-Sorbonne de 1970 à 1992, François Crouzet n’a cessé de travailler jusqu’à son décès en mars 2010, publiant encore en 2009 La guerre économique franco-anglaise au XVIIIe siècle et en rédigeant un livre de mémoires dans lequel il dépeint tout au long du XXe siècle sa vie d’universitaire voué à la recherche et à l’enseignement.
o Biographie
Né le 20 octobre 1922 à Monts-sur-Guesnes (Vienne), il est le fils de Maurice Crouzet, historien et ancien inspecteur général de l’enseignement secondaire. François Crouzet a effectué ses études secondaires au Lycée Hoche à Versailles. Il est bachelier en 1939 et est admis à l’École normale supérieure en 1941. Élève à l’ENS, il poursuit ses études supérieures à la Faculté des lettres de Paris entre 1941 et 1945. Il est ensuite reçu premier à l’agrégation d’histoire en 1945.
Professeur au Lycée de Beauvais, il séjourne ensuite en Angleterre de 1946 à 1949, comme boursier de la Direction Générales des Relations Culturelles, puis comme attaché au Centre national de la recherche scientifique en vue de la préparation d’une thèse de doctorat.
Puis il est successivement assistant d’histoire contemporaine à la Sorbonne, de 1949 à 1953, professeur au lycée Janson-de-Sailly, de 1953 à 1956, chargé de conférence d’année préparatoire à l’Institut d’Etudes Politiques de Paris (1949-56). François Crouzet soutient sa thèse sur L’économie britannique et le Blocus Continental 1806-1813, en mars 1956, avec la mention très honorable et les félicitations du jury.
François Crouzet est ensuite Chargé d’enseignement d’histoire moderne et contemporaine, puis maître de conférences et professeur sans chaire à la Faculté des Lettres de Bordeaux, de 1956 à 1958, avant d’être nommé maître de conférences d’histoire contemporaine et professeur sans chaire, puis professeur titulaire à titre personnel, à la Faculté des Lettres et Sciences Humaines de Lille (1958-64).
Il est élu Professeur d’histoire économique et sociale à la Faculté des Lettres et Sciences Humaines de Nanterre (après élection par l’ensemble des professeurs de Sorbonne) et dirige le département d’histoire de 1964 à 1969.
À partir de 1969, François Crouzet est Professeur d’histoire de l’Europe du Nord à la Faculté des Lettres et Sciences Humaines de Paris, puis à l’Université de Paris-Sorbonne, (1970-92) dont il est un membre du noyau fondateur.
Il dirige le Centre de Recherches sur la Civilisation de l’Europe moderne (URA100, aujourd’hui Centre Roland Mousnier, Unité associée au C.N.R.S.), de 1982 à 1991, ainsi que l’Institut de recherches sur

les civilisations de l’Occident moderne. Il est professeur émérite à l’Université de Paris-Sorbonne, de 1992 à sa disparition le 20 mars 2010.
La carrière de François Crouzet a été internationale et il a enseigné dans d’illustres Universités étrangères. Il est ainsi professeur associé à l’Université Columbia, New-York (un semestre en 1961), à l’Université de Californie à Berkeley (un trimestre en 1964), à l’Université Harvard (un semestre en1981-82), à l’Université de Virginie (oct.-nov. 96). Par ailleurs, il a enseigné à mi-temps, de 1970 à 1973, à l’Université de Genève, dans le cadre de la Faculté des Sciences Economiques et Sociales. Il a aussi été Visiting Fellow à Wolfson College (Cambridge) (un trimestre en 1969), et à All Souls College (Oxford) à deux reprises (un trimestre en 1976, et deux trimestres en 1985). Enfin a donné de multiples conférences et séminaires dans de nombreuses universités en Europe, en Amérique du Nord, au Japon et au Brésil (plusieurs semaines à l’Institut d’études avancées de l’université de Sao Paulo), ainsi qu’en Israël et en Russie.

François Crouzet était marié à Françoise Crouzet, née Dabert, petite-fille du grand historien Henri Hauser. Il est père de trois enfants, Marie-Anne Dalem, et Denis Crouzet, tous deux historiens et Joël Crouzet, biologiste moléculaire.
Autres Activités

* Président du jury de l’agrégation d’histoire,
* Membre du Conseil Franco-Britannique, Section française,
* Président de l’Association Française des Historiens Economistes,
* Membre des comités de rédaction de la Revue Historique, de HES, d’Historical Abstracts, de Explorations in Economic History, Buisiness History Review. De 1953 à 1959, il a été secrétaire de rédaction des Cahiers d’Histoire mondiale fondés par Lucien Febvre et publiés sous les auspices de l’Unesco
* Membre suppléant du Conseil de la recherche de l’Institut Universitaire Européen de Florence.
* Membre du Conseil scientifique du Centre de recherches européennes et américaines de l’Université de Nanjing (Nankin).
Distinctions
* Chevalier de la Légion d’honneur (1996).
* Commandeur dans l’Ordre des Palmes académiques (1985).
* Commandeur honoraire de l’Ordre de l’Empire britannique (1980).
* Membre correspondant de la British Academy (1973).
* Membre correspondant de la Royal Historical Society (1978).
* Membre de l’Académie Royale des Sciences, Lettres et Beaux Arts de Belgique, Section néerlandophone (1990).
* Membre de l’Academia Europaea.
* Docteur honoris causa des Universités de Birmingham (1977), Leicester (1989), Kent à Canterbury (id.), Edimbourg (1993).
* Prix Georges Mangin décerné par l’Académie des sciences morales et politiques (1959).
* Grand Prix d’Histoire de la Ville de Paris (1987).
* Prix Guizot de l’Académie française (2001).
* Prix Rossi de l’Académie des sciences morales et politiques (2008).
* Médaille de l’Académie de marine (2009).

Jean Meyer

Jean Meyer (né en 1924) est un historien français. Il est Professeur émérite à l’Université Paris Sorbonne-Paris IV et docteur honoris causa de l’Université de Marbourg en Allemagne. Il est un ancien directeur du Laboratoire d’Histoire et d’Archéologie Maritime, seule Unité de recherche du CNRS consacré à l’Histoire maritime française et étrangère.

Ouvrages
* Jean Meyer, La Noblesse bretonne au XVIIIe siècle, 1966
* Jean Meyer, La Bataille de Dunkerque, 10 mai-4 juin 1940 et la tragédie du Sirocco, Synhélios, Clermont-Ferrand, 1975.
* Jean Meyer, Les Capitalismes, Presses universitaires de France, Paris, 1981
* Jean Meyer, La France moderne (de 1515 à 1789), Fayard, Paris, 1985 Histoire de France n° 3
* Jean Meyer, Esclaves et Négriers, Gallimard, Collection Découvertes, Paris, 1986, (ISBN 2-07- 053018-2), 128 pages
* Jean Meyer, Martine Acerra, L’Empire des mers, des galions aux clippers, Paris, Nathan, 1990.
* Jean Meyer, Reynald Sécher, Le Génocide franco-français : La Vendée-Vengé, Presses universitaires de France, Paris, 1986
* Jean Meyer et Jean Béranger, La France dans le monde au XVIIIe siècle, éditions Sedes, 1993
* Jean Meyer, Jean-Pierre Moreau, Un flibustier français dans la mer des Antilles. 1618-1620, Payot, Paris, 1994
* Jean Meyer, Martine Acerra, État, Marine et Société, Presses de l’Université de Paris-Sorbonne, Paris, 1995.
* Jean Meyer, Martine Acerra, José Merino, Les Marines de guerre européennes : XVIIe-XVIIIe siècles, Presses Paris Sorbonne, 1998, 447 pages

André Corvisier

André Corvisier, né en 1918, professeur émérite de l’Université Paris Sorbonne-Paris IV, est un historien moderniste spécialiste de l’histoire militaire du XVIIe siècle. Il est aussi: président de la Commission internationale d’histoire militaire (en 1987), Chargé de conférences à l’Ecole supérieure du Génie militaire (en 1990) et colonel de réserve du Génie (en 1990).

Auteur d’une thèse sur l’armée française de la fin du XVIIe siècle au ministère de Choiseul, il étudie pour cela les contrôles de troupe de l’armée française de 1716 à 1786.
André Corvisier s’est intéressé également aux enquêtes sur les invalides et les déserteurs tout en les recoupant avec les registres paroissiaux.

Il est aussi l’auteur d’une biographie de Louvois, et d’un « Précis d’histoire moderne » qui ont fait autorité.

Katia de Queiros Mattoso

Katia de Queiros Mattoso (1931, Volos, Grèce – 2011, Paris, France) est une historienne d’origine grecque, formée en Suisse.
Biographie
Elle a longtemps enseigné au Brésil, à Salvador (Bahia), de 1963 à 1988. Elle a profondément marqué de ses travaux l’historiographie du Brésil colonial, étant l’auteur d’ouvrages de référence, sur l’esclavage en particulier.

Professeur à l’Université de Paris- Sorbonne (Paris IV) à partir de 1948, elle a été la première titulaire de la chaire de l’Histoire du Brésil. Elle est l’auteur de nombreux ouvrages et articles dont Etre esclave au Brésil (2e édition 1994, L’Harmattan)1, Bahia século XIX. Uma Provincia no Império (1992), Familia e sociedade na Bahia no século XIX (l988), Da revolução dos alfaiates à riqueza dos baianos (2004).

Son dernier livre publié en France a été un recueil d’articles Les inégalités socio-culturelles au Brésil (L’Harmattan, 2006)2.
Elle a été au centre d’un gros livre d’hommage montrant son rayonnement scientifique international, Pour l’histoire du Brésil, Mélanges offerts à K. de Queiros Mattoso (François Crouzet, Denis Rolland, Philippe Bonnichon org., L’Harmattan)3,

Elle est décédée à Paris (2011) et a été inhumée en Grèce dans sa ville natale4,5.

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