Écrire une histoire nouvelle de l’Europe (EHNE) Projet – LABEX 2012-2020

 

Partenaires principaux : IRICE (Université Paris 1 ; Université Paris IV ; CNRS),
Roland Mousnier, Centre d’histoire du XIXe siècle,
CRHIA, École Nationale des Chartes, Archives Nationales

I- RESUME

Le projet EHNE s’appuie sur un programme scientifique associant un ensemble d’équipes issues des Universités de Paris IV, Paris 1, Nantes, de l’École Nationale des Chartes avec le concours des Archives Nationales. Les équipes ainsi réunies ont reçu la note A+ et A de l’AERES, et elles disposent de relations de travail à la fois anciennes et diversifiées au plan international qui assureront au projet les relais, les collaborations et la notoriété indispensable. Le LABEX EHNE sera l’une des seules entités en Europe à réunir un tel capital de compétences. Cette démarche scientifique est associée à un objectif d’intérêt général plus large : éclairer la crise que connaît actuellement l’Europe. EHNE s’adresse donc tout autant au monde scientifique qu’au monde enseignant, aux citoyens qu’aux politiques.

Une historiographie à reconstruire

À cette crise complexe aux dimensions multiples se trouve associé le constat de la difficulté de l’historiographie actuelle à saisir l’objet Europe dans sa globalité et à intégrer l’histoire du projet européen à celle de l’Europe dans son ensemble. Or seule une telle approche de l’histoire est susceptible d’éclairer le présent. Notre projet correspond donc tout à la fois à une remise en cause et à une réconciliation. Remise en cause d’une histoire de la construction européenne coupée de l’histoire générale. Remise en cause d’une histoire générale souvent conçue comme linéaire et mal reliée aux problématiques du présent. Réconciliation car les travaux conduits ces dernières années par les équipes constituant le LABEX ont rapproché ces deux historiographies en les faisant évoluer. Il s’agit maintenant de les réconcilier.

Écrire une Histoire nouvelle de l’Europe : EHNE

Le projet est articulé autour de trois moments historiques et de sept axes d’analyse.

3 moments :

 

  • –  A – L’Europe, comme succession de possibles : le choix des héritages (XIIe- XVIIe siècles).
  • –  B – L’Europe mise en conscience : entre Pré-lumières, révolutions, romantisme et concert européen.
  • –  C – L’Europe comme idée, projet et réalité dans un large XXe siècle. 7 axes :

 

  1. L’Europe comme produit de la civilisation matérielle.
  2. L’Europe dans une épistémologie du politique.
  3. L’humanisme européen ou la construction d’une Europe « pour soi », entre affirmation et crise identitaires
  4. L’Europe comme « hors soi » : frontières, voisinage et altérité lointaine.
  5. L’Europe des guerres et des traces de guerre.
  6. Genre et identités européennes.Mars 2012
  7. Traditions nationales, circulations et identités dans l’art européen d es objectifs ambitieux en termes de valorisation

 

  • –  Rédaction d’ouvrages de synthèse selon les 7 axes d’analyse définis.
  • –  Rédaction d’une synthèse rédigée à la fois dans une version scientifique et dans une version destinée à un public plus large, notamment d’enseignants du secondaire et de décideurs.
  • –  Publication de documents de première main relatifs aux 7 axes.
  • –  Rédaction d’une encyclopédie analytique en ligne de l’histoire de l’Europe qui accompagnera la mise en œuvre du projet sur 8 années.L’ensemble de ces travaux sera publié en français et en anglais (y compris l’encyclopédie). Outre cela, sont prévues :
  • –  Deux expositions.
  • –  Une émission de radio bimensuelle «Une histoire nouvelle de l’Europe» qui permettra de diffuser des entretiens avec les doctorants et les chercheurs engagés dans le LABEX.
  • –  Expositions, rencontres et tables rondes EHNE réalisées en collaboration avec lesMaisons de l’Europe (30 en France).En termes d’enseignement
  • –  Création d’un Chaire ENHE spécifiquement dédiée au projet. Elle fonctionnera pendant 7 années. Celle-ci sera attribuée sur une base semestrielle ou annuelle à un professeur recruté sur la base d’un appel à candidature international.
  • –  Réorientation des séminaires de master et de doctorat en fonction du développement du programme ENHE.
  • –  Orientation d’une partie des étudiants inscrits en thèse vers les thèmes développés dans le cadre du LABEX à travers une politique d’attribution de contrats doctoraux. Une partie d’entre eux, en fonction des sujets traités, sera orientée vers des débouchés alternatifs à l’enseignement à travers des contrats CIFRE.
  • –  Orientation des étudiants de master le souhaitant vers des thèmes de recherche articulés sur les axes qui ont été définis, en mobilisant à leur profit les possibilités offertes par le dispositif ERASMUS.
  • –  Mobilisation des étudiants de masters professionnels dans le cadre de la valorisation. Une gouvernance adaptéeL’ensemble de la coordination sera placé sous la responsabilité du porteur du projet qui participera au conseil scientifique et présidera le comité de valorisation ainsi que le comité de pilotage.

 

 

Conseil scientifique du projet : un représentant de chacun des axes appuyé par un secrétariat scientifique. Missions : définition du programme pluriannuel des travaux, coordination des activités de la chaire en relations avec ce titulaire, de la politique de publication et de la mise en œuvre de l’encyclopédie. Le conseil scientifique s’appuiera sur un comité international chargé de l’accompagner afin de valoriser les liens avec les équipes européennes partenaires du Labex.

Comité de valorisation : coordination de la mise en œuvre de l’encyclopédie et des

publications en fonction de l’architecture qui aura été définie, suivi de la mise en

œuvre du site. Collaboration avec les maisons de l’Europe et avec les think tanks.
– Comité de pilotage : il est composé d’un représentant de chacun des partenaires principaux du LABEX. Il assure la coordination d’ensemble du LABEX en relations avec le conseil scientifique et le comité de valorisation. Il s’assure du bon respect des échéances et de la coordination des activités scientifiques et de valorisation. Il assure la mise en œuvre des objectifs en matière d’enseignement et de formation en relations et dans le cadre des Universités concernées.

Des retombées

De portée générale : une connaissance en profondeur des réalités européennes destinée au monde des décideurs (haute fonction publique, politiques…), aux enseignants et formateurs et au grand public à travers les publications et l’encyclopédie en ligne offrant une base de connaissance gratuite et vérifiée. Pour les établissements partenaires, le développement de leur insertion dans le débat public, la meilleure mise en cohérence des enseignements et des activités scientifiques et de publication.

II-UN PROJET D’INTERET GENERAL

L’Europe est en crise, crise prolongée qui menace l’approfondissement sinon la poursuite du projet d’unification qu’elle a porté depuis un demi-siècle. En témoigne une série de données. Au plan interne, des tensions de toute nature qui opposent des Européens à d’autres, que ces tensions soient socio-économiques, ethniques, religieuses ou politiques. Au plan externe, la faiblesse de la capacité de l’Europe à influencer les grandes évolutions du monde malgré les relais d’influence privilégiés dont elle semble pourtant disposer, tant du point de vue économique, politique que culturel. De fait, l’unité que l’on avait cru pouvoir progressivement construire depuis les années 1950 piétine voire menace de régresser. Tout se passe comme si les responsables des années cinquante s’étaient trompés, comme si les bases d’une construction possible avaient été mal appréhendées ne tenant pas compte de la complexité des réalités qui constituent l’Europe. De fait les théories fonctionnalistes et les enchaînements de causalités – de l’économique au politique – sur lesquelles on avait un moment misé semblent ne plus fonctionner.

Mais c’est bien plus que ce simple schéma qui est en cause. La linéarité des schémas explicites ou implicites des années 1950 renvoie de fait aux expériences antérieures, notamment à celles de la première moitié du siècle et de la Première Guerre mondiale, où la découverte du facteur économique dans le devenir des nations et du monde – la paix économique et sociale déterminant les conditions de la paix politique – a introduit des formes de déterminisme dans l’analyse historique dont l’école des Annales n’a pas été tout à fait indemne. Dès lors le discours historique lui-même, produit de son temps, peut contribuer à brouiller les cartes s’il n’est pas, le moment venu, remis en question. Réécrire l’histoire de l’Europe dans sa globalité apparaît comme l’une des conditions de la « sortie de crise de l’Europe ». Cette remise en question constitue l’objectif premier du projet EHNE.

Réconcilier deux historiographies

La maladie de langueur dont souffre l’Europe de 2011, et la désaffection pour le projet européen est à l’image du statut actuel de l’histoire de la construction européenne au sein de l’histoire générale. Depuis les années 1960, l’histoire de la construction européenne a évolué en marge de l’histoire générale, déterminée qu’elle était par le souci des historiens de rendre

compte de ses origines, de son évolution et de celle de ses politiques. Cette approche limitative a rejoint les interrogations des politistes qui se sont durablement interrogés sur ses dynamiques institutionnelles et leurs paramètres. Dès lors, les débats et interrogations ont moins porté sur l’Europe elle-même que sur le rôle des décideurs, que sur les arbitrages entre États et institutions européennes. Cette limitation du champ n’a été que très récemment remise en cause. Les mutations liées à la relance européenne des années 1980 et du contexte néolibéral qui l’a accompagnée ont contribué à élargir l’éventail des interrogations.

Ce nouveau contexte qui embrasse une vaste palette de champs, économique, politique, intellectuel, invite à prendre en compte plus largement leur autonomie respective, celle du rôle des acteurs qui les animent et la nature du dialogue qu’ils entretiennent. L’analyste et l’historien sont donc invités à une démultiplication du regard. Dès lors passe-t-on de l’observation d’un jeu bipolaire entre acteurs institutionnels à un jeu multipolaire entre une diversité d’acteurs. L’histoire de la construction européenne est ainsi amenée à changer de nature : elle n’est plus destinée à être un segment isolé de l’histoire générale mais est invitée à y prendre toute sa place et à atteindre enfin sa maturité. L’histoire du projet européen et de sa mise en œuvre doit dans un premier temps être interprétée comme un phénomène global d’un large XXe siècle (depuis les années 1890). Dès lors une analyse fondée sur la distinction souvent faite entre période antérieure à 1950 (décrite comme celle de l’émergence de l’idée européenne) et celle des années postérieures à 1950 (décrite comme celle de l’intégration) apparaît comme une impasse, au mieux l’expression d’une histoire tronquée. De fait, la mise en œuvre du projet européen à partir des années 1950 est le produit de la mise en commun de segments d’Europe préexistant à la naissance de l’Europe institutionnelle et de l’action d’une variété d’acteurs que l’on a longtemps sous-estimée voire ignorée. Mais en amont d’un très large XXe siècle aborder l’étude du projet européen comme celle de sa mise en œuvre implique d’appréhender ces mêmes champs du politique, du religieux, du culturel de l’économie, des relations entre les peuples dans une chronologie plus ample encore. Cette prise en compte ne revêt pas un caractère uniforme mais doit embrasser la réalité européenne en fonction d’une série de lignes de forces englobant le plus souvent l’époque moderne mais aussi, autant que nécessaire, des périodes plus anciennes. Appréhender ces données, c’est réinsérer l’histoire du projet européen et de sa mise en œuvre dans l’histoire générale de l’Europe, dans toutes ses dimensions et toute sa profondeur.

Obstacles et ambitions

L’histoire que nous souhaitons ne relève donc en rien d’une téléologie. La construction européenne telle qu’elle se met en place en 1950 n’est le produit d’aucun déterminisme ni d’une totale rupture : elle est construction, elle-même évolutive, produit d’une série de processus qui se recouvrent, se complètent, se détruisent et se déplacent en une palette de combinaisons qu’il s’agit de réinterpréter dans le temps long.

Les travaux menés depuis une dizaine d’années chez les historiens des relations internationales et de l’histoire de la construction européenne ont amorcé le mouvement que nous souhaitons aujourd’hui amplifier. Ils se sont interrogés sur l’identité/les identités européennes rapportées à l’espace et aux temps de l’Europe. Ils ont élargi leur démarche à un ensemble de déterminants (économiques et sociaux, politique et culturel, institutionnels…) et d’acteurs (publics, privés, réseaux, organisations…) abordés dans une perspective résolument transnationale englobant un large vingtième siècle. Cette démarche a rompu avec l’historiographie de la construction européenne telle que pratiquée par ses fondateurs. Les champs de l’analyse se sont démultipliés, abandonnant ainsi la primauté de l’approche strictement institutionnelle et en l’élargissant au champ du politique articulé sur une réflexion sur l’espace public européen. Le champ de l’économie a rompu avec le seul débat sur la méthode Monnet ou la confrontation marché/politiques communes, pour proposer des

interprétations ancrées dans le long terme des débats relatifs à l’organisation économique et sociale de l’Europe. Au total, l’histoire de la construction européenne dans ses évolutions récentes tant à travers la prise en compte d’un très large XXe siècle et de lignes de force plus anciennes qu’à travers la démultiplication des axes d’analyses qu’elle propose ouvre la voie à son articulation désormais indispensable avec l’histoire générale de l’Europe.

Il reste cependant beaucoup à faire pour y parvenir. Une bonne partie de la bibliographie existante distingue encore l’histoire de l’idée européenne dont on recherche et dont on trouve des linéaments voire des fondements, le plus souvent intellectuels depuis l’époque moderne, de l’histoire de l’Europe proprement dite. Mais comme on l’a fait pour la fausse rupture des années 1950 et avec beaucoup plus d’ampleur, il importe aujourd’hui de restituer le présent de l’Europe et du projet qu’elle porte dans l’ensemble des dynamiques de son histoire.

Pour une histoire nouvelle de l’Europe

Le projet d’écriture d’une histoire nouvelle de l’Europe doit transcender et dépasser, dans cet examen de la longue durée, toutes ces tentatives antérieures par une déconstruction du temps et de l’espace. La chronologie, les périodisations classiques doivent en effet être déconstruites, pour ne plus apparaître comme linéaires et une simple succession d’époques : chez les Européens, les effets d’appropriation, de réappropriation et d’acculturation rétrospectives bousculent la linéarité du temps et leur analyse ne peut plus se satisfaire de reconstituer l’histoire de l’Europe dans l’ordre chronologique classique, car les héritages « choisis » à chaque époque successive ne s’ordonnent pas eux-mêmes dans l’ordre linéaire de la chronologie. Il convient précisément de parler d’ « héritages » qui sont des choix du passé, qui sont constamment des objets de débats dans le passé et dans le présent, plutôt que de « racines » qui donnent une idée biologiste, déterministe et téléologique de l’histoire de l’Europe.

De même, la notion d’espace européen doit être décomposée entre espaces multiples dans la mesure où le « récit européen » n’est pas unique et où les espaces qui le portent se distinguent, se recoupent ou se superposent selon les champs pris en compte. Il ne peut se reconstituer de la même manière, tant les points de vue, au sens optique du terme, sont différents, selon que l’on raconte cette histoire à partir de l’Ouest, de l’Est, du Nord ou du Sud du continent. Il convient de croiser ces récits qui révèlent des différences de visions géographiques entre Européens éloignés les uns des autres, comme entre Polonais et Portugais ou entre Suédois et Italiens, aussi bien que des différences de visions historiques entre Européens trop voisins, comme entre Français et Britanniques ou entre Estoniens et Russes, etc. Bref, il est nécessaire d’écrire une histoire transnationale de l’Europe, transnationale grâce au recours à des historiens de multiples nationalités, transnationale également par les méthodes d’analyse et les objets d’étude choisis.

Notre projet vise donc à réconcilier plusieurs historiographies de l’histoire de l’Europe en fonction des interrogations du présent. Car l’Europe est à la fois identité, identités et projet. L’avenir de l’Europe se trouve au croisement de ces deux lignes de forces. La démarche novatrice des grands historiens qui nous ont précédés consistait en une recherche de fondements d’identité par-delà même les spécificités nationales, les affrontements et conflits. Ceux de l’histoire de la construction européenne ont fait celle d’un projet. Les évolutions récentes tant de l’histoire de la construction européenne que de l’histoire de l’Europe les ont rapprochées. Le moment nous semble venu de les réunir dans une lecture d’ensemble.

Des effets d’entrainement

Le LABEX EHNE établit son attractivité sur sa dimension européenne et sa capacité à rayonner dans l’espace de l’Union. Il représentera, une fois constitué, la principale structure pouvant avoir de telles ambitions en France :

– de par l’ampleur des champs historiographiques couverts ;
– de par le réseau de contacts internationaux dont il dispose ;
– de par le nombre de thèses soutenues annuellement dans son champ ;
– de par l’importance de l’investissement consacré à promouvoir la circulation européenne des étudiants.

Le projet EHNE est conçu de sorte à faire du LABEX le principal pôle d’animation en histoire de l’Europe en France et l’un des principaux en Europe. Ses travaux, notamment l’encyclopédie en ligne qui sera réalisée, représenteront un pôle de convergence visible à tous les niveaux, autant dans les milieux de la recherche que dans des cercles plus large. En effet, c’est d’abord par l’effet de réseau et son caractère multiplicateur que l’« effet LABEX » doit jouer.

Pour accompagner cette dynamique, l’existence d’un poste de chargé de communication sera cruciale : le projet EHNE entend en effet entretenir une circulation continue d’informations concernant ses activités, dans une démarche pro-active reposant sur l’utilisation des multiples technologies informatiques existantes. Cette stratégie garantira une visibilité au projet, à la fois dans les milieux de la recherche internationale, dans les cercles de réflexion, dans les milieux décisionnels, mais aussi dans le champ de l’opinion publique et médiatique et dans les milieux enseignants intéressés au premier chef par les renouvellements des savoirs disciplinaires.

Les effets d’entraînement attendus concernent donc la discipline elle-même, les conséquences des développements attendus en termes de notoriété pour les équipes, les interactions avec les groupes de réflexion dont l’Europe est l’objet principal, et enfin les retombées d’intérêt général.

La discipline doit trouver à travers le LABEX EHNE les bases d’une intégration approfondie à travers le dialogue qui se développera en son sein entre champs voisins et qui, pourtant, ne communiquent pas suffisamment. Le projet dans son caractère transversal obligera à un tel dialogue. Il donnera tout à la fois plus de profondeur de champ aux spécialistes du « temps présent », et une accroche plus forte sur les réalités et débats du présent aux spécialistes de périodes plus anciennes. Il mettra en valeur et élargira la portée de problématiques d’ensemble traitées dans une démarche comparatiste de long terme.

La notoriété des équipes sortira renforcée à travers le type de coopération structurée que le LABEX va lancer. Les relations interéquipes, à l’intérieur du champ, sera d’abord accrue. Il en sera de même pour la visibilité des équipes au plan international, à travers les effets de réseau qui se développeront. Mais surtout, du fait des traductions comme des collaborations, des publications et des rencontres scientifiques, cette visibilité des équipes et de la discipline s’élargira vers les disciplines voisines et sur le plan international au sens large (au-delà de l’Europe). Le projet contribuera donc à une convergence entre les chercheurs liés au projet :
Pour les étudiants qui seront associés au projet à travers la rédaction d’articles.
Pour les étudiants en doctorat qui pourront, de la même manière et dans les deux sens, être impliqués (notamment par le développement des allocations fléchées et des cotutelles).
Pour les chercheurs qui seront impliqués dans le programme lui-même et dans les programmes de recherche qui y seront associés.
Pour les étudiants comme pour les chercheurs en poste, à travers la constitution d’une chaire EHNE qui sera tournante, ici encore, dans les deux sens : des pays de l’Europe vers la France, et entre les équipes associées.

La visibilité que le projet apportera insérera davantage le LABEX dans le débat public sur l’Europe. Ce n’est pas que le Latex entende prendre position ; mais il entend collaborer aux réflexions sur les enjeux du présent avec les acteurs contemporains, à commencer par les principaux think tanks impliqués dans le débat européen. La demande est forte, non pour une simple contextualisation historique des débats du présent, mais pour une refonte de ces débats eux-mêmes au regard de l’histoire longue et problématisée que nous proposons. Cette retombée est d’importance majeure et multiple, que l’on parle de questions économiques, de structuration de la gouvernance mondiale à toutes échelles, de débats de société, du débat public sur l’Europe ou encore de la citoyenneté européenne.

L’ultime objet relève d’ambitions plus élevées. Notre projet vise à rencontrer les difficultés actuelles que connaît l’Europe et que les décennies à venir rendront inévitablement plus complexes. Les historiens du LABEX entendent participer au débat en l’éclairant, en présentant à l’opinion et au monde des décideurs une série d’analyses de fond qui déterminent les lignes d’action qu’il est possible d’envisager.

Logique de site, logique de recherche

L’école historique française en histoire des relations internationales établie depuis plusieurs décennies par Pierre Renouvin puis Jean-Baptiste Duroselle a depuis les années 1970 élargi son champ à l’histoire de la construction européenne. À partir de Paris et de la Sorbonne, elle a essaimé vers plusieurs universités de province au fur et à mesure que des chaires y furent créées. Malgré cet essaimage la cohésion de cette école a été maintenue tant du fait de la présence des fonds archivistiques les plus importants relatifs à ces questions à Paris (ministère des Affaires étrangères et européennes) que de la circulation des enseignants chercheurs entre Paris et la province. L’UMR IRICE est porteuse des acquis et des potentialités de cette école à Paris : elle réunit les deux universités les plus actives en ce domaine au sein d’équipes de travail intégrées. Le CRHIA a pu développer ses activités, notamment en direction de l’espace atlantique, en s’inscrivant dans cette même école française des relations internationales – la plupart des professeurs et maîtres de conférences du champ en sont issus-, et en s’appuyant sur le centre des archives diplomatiques de Nantes.

L’histoire générale de l’Europe, économique, politique, culturelle, procède d’une démarche différente mais également centrée sur une série de centres insérés dans notre projet. Le centre Roland Mousnier est le principal pôle de recherche français en histoire moderne et a, depuis une dizaine d’années, déployé une partie de son activité vers l’histoire contemporaine. Quant à l’histoire du XIXe siècle, elle est structurée autour du Centre de recherche en histoire du XIXe siècle, de longue date articulé, comme l’UMR IRICE, sur les universités de Paris I et de Paris IV. L’Ecole Nationale des Chartes, qui forme à l’échelle nationale les archivistes paléographes actifs dans les dépôts d’archives est elle-même organisée, au plan de ses activités scientifiques, sur une double coopération avec les équipes et écoles doctorales de Paris I et de Paris IV.

Le projet scientifique qui est le nôtre, visant à croiser histoire des relations internationales, histoire de la construction européenne et histoire générale de l’Europe, témoigne d’un rapprochement entre traditions et écoles historiques jusqu’alors distinctes. Il se traduit également par la consolidation de logiques d’écoles historiquement centrées sur Paris et la réunion d’équipes porteuses de compétences complémentaires qui se trouveront ainsi réunies autour de ce programme ambitieux.

Le Labex EHENE situe ses objectifs à l’intersection d’une dynamique des écoles et d’une dynamique des sites, dynamiques dans lesquelles il s’inscrit et qu’il entend développer.

III- UN JEU DE DECONSTRUCTION/RECONSTRUCTION

L’hypothèse de départ est que l’Europe actuelle est le résultat d’une dynamique quasi permanente depuis l’époque médiévale, dynamique qui modèle l’espace en une série de configurations en mouvement et qui absorbe même rétrospectivement l’Antiquité, dans la mesure où les héritages de celle-ci sont objet de réappropriation a posteriori, à un moment ou à des moments qu’il conviendra de définir. Ce questionnement s’inscrit donc dans une chronologie longue et non linéaire visant, à travers une série de coupes échelonnées dans le temps, à comprendre les strates, les sédimentations successives, les remontées de couches plus anciennes, les fractures, qui constituent à présent l’Europe.

Se dégagent ainsi une série d’axes d’analyse transversaux pris en compte durant une histoire longue de l’Europe et articulés sur un espace lui-même en mouvement. Pour chacun d’entre eux, on accordera une égale importance à l’Europe vécue et modelée par les acteurs et à l’Europe pensée ou rêvée. L’Europe est à la fois mythe, rêve, projet et réalité.

Les chercheurs et enseignants-chercheurs engagés dans ce projet se donnent comme objectif non pas de repenser l’histoire de l’Europe, mais de lui donner une lisibilité alternative, à la fois verticale et horizontale, en faisant jouer la « présentification » du passé sur les deux axes structuraux de l’espace et du temps.

Le projet est articulé :

  1. autour de trois moments historiques
  2. et de sept axes d’analyse.

1. TROIS MOMENTS

A- L’Europe, comme succession de possibles : le choix des héritages (XIIe et XVIIe siècles)

Entre la fin du XIe et le XVIIe siècle, s’opère en Europe une longue période d’appropriations et de réappropriations d’héritages choisis dans l’Antiquité, qui affectent le droit, la philosophie, les arts, les conceptions de la ville, de la cité, de la religion, de la science, etc. Les références sont Rome, Jérusalem et de plus en plus Athènes. Cette lente métamorphose finit par donner une unité culturelle qui renouvelle les bases du politique et de la politique. Jusqu’au début du XVIIe siècle, l’idée d’Europe apparaît comme imprégnée par l’existence du mythe unitaire qu’est la chrétienté. Mais dans cette chrétienté, l’Empire figure en tant que sous-ensemble et, à côté de ce sous-ensemble, émerge une mosaïque d’États qui constituent un potentiel alternatif remettant en cause les cadres spatiaux et donc l’ensemble des référentiels.

Il s’agira alors de mettre en valeur les processus en œuvre qui ont abouti à cette « européanisation » des héritages et à cette dilution du mythe unitaire. L’Europe sera étudiée comme une succession de possibles, de tensions conflictuelles inhérentes à l’éclatement spatial. On prendra en compte la circulation culturelle des idées, des pratiques, des modèles sur tout le continent, ainsi que l’invention de la diplomatie, le rôle des grands acteurs, les expérimentations impliquant des adhésions à des valeurs communes juridiques, culturelles, éthiques, économiques en constante reformulation. Tout comme seront analysés, dans leurs rapports à l’espace, le concept d’empire et le paradoxe d’une Europe des États territoriaux cherchant à asseoir leur souveraineté sur cette nouvelle culture politique et ces nouvelles valeurs communes.

B- L’Europe mise en conscience :
entre Pré-lumières, révolutions, romantisme et concert européen

Au-delà de la traditionnelle opposition entre Révolution française et Révolution atlantique, il convient de voir les événements survenus à partir de 1789 comme le résultat d’un processus enclenché à partir du milieu du XVIIIe siècle et qui intéresse toute l’Europe. Le processus révolutionnaire est en effet nourri de réflexions nées dans l’Europe des Lumières et qui se sont prolongées très loin dans le XIXe siècle. Le moment révolutionnaire est en ce sens un temps marqué par un système d’échanges qui entraîne les différentes nations européennes vers le libéralisme, puis vers la démocratie à travers des modèles variés d’évolution politique en même temps qu’elles ouvrent au progrès économique. L’ébranlement se prolonge au cours d’un XIXe siècle marqué par l’essor des États nations – sur des modèles différents sur tout le continent, la démocratisation et la sécularisation, tandis que les Européens tentent d’imposer leurs normes au monde à travers la colonisation. C’est tout l’enjeu de ces mutations qui pousse à l’analyse approfondie de ce moment révolutionnaire, romantique et postromantique, ainsi qu’à l’étude des évolutions du concert européen, ou plutôt des concerts européens successifs, dont les contenus idéologiques, de Metternich à Bismarck, se modifient très sensiblement.

C- L’Europe comme idée, projet et réalité dans un large XXe siècle

L’Europe est étroitement liée à une mondialisation dans laquelle elle est peu à peu immergée depuis la fin du XIXe siècle. Elle l’est à travers un processus d’interconnexion des acteurs à l’échelle mondiale selon des dynamiques à la fois interrégionales et globales, des modalités et des chronologies diversifiés mais peu à peu régulés par des accords mettant en jeu des acteurs publics et privés. Le grand XXe siècle est aussi celui de la construction progressive d’éléments d’identité comme composantes d’un régionalisme européen avant même que ce projet ne soit politiquement posé. L’Europe politique des années 1950 ne doit pas être lue comme la concrétisation d’une idée mais comme s’inscrivant dans un processus de long terme dont elle ne constitue qu’une forme ou une étape. Un objectif important de notre projet vise ainsi à réintégrer l’Union européenne contemporaine dans sa réalité historique de long terme et la globalité de ses composantes.

2. SEPT AXES D’ANALYSE

1- L’Europe comme produit de la civilisation matérielle

L’Europe de la civilisation matérielle est appréhendée comme une succession de configurations de l’espace relevant d’une dynamique permanente de décomposition- recomposition. Il s’agit de les analyser en portant l’attention sur une série de déterminants fondamentaux de ces dynamiques, des structurations successives qu’ils produisent et des interconnexions qui les relient.

L’énergie sera analysée en tant que déterminant des espaces successifs de la civilisation matérielle et des formes de la vie sociale (penser, travailler, se déplacer, communiquer). Les modèles successifs et leurs transitions seront ainsi analysés dans leurs effets d’ensemble, notamment politiques, du fait des tensions qu’induit à toutes les époques la gestion de ressources énergétiques toujours rares.

Les réseaux techniques et de communication supportent les flux de toute nature qui innervent l’espace européen, en déterminent les contours et les modes d’insertion dans le monde. Les réseaux seront donc analysés comme éléments structurant de l’espace à travers l’étude de leur cartographie, des modes de vie qu’ils déterminent et de leurs modes de gouvernance. Cette étude débouchera sur une analyse des usages et des effets politiques de l’organisation des réseaux. Elle mobilisera à cet effet les analyses en cours de développement sur l’internationalisme/européisme technocratiques.

Les marchés et leurs supports, qui sont à la fois le produit et un facteur d’impulsion majeur de la civilisation matérielle, traduisent en termes de flux commerciaux et d’argent la réalité des espaces et de leurs dynamiques. On les analysera tant du point de vue de l’économie réelle que de celui de leur gestion institutionnelle et politique en analysant de ce dernier point de vue les modes de mise en place d’un espace économique européen prolongé par une économie-monde longtemps européenne. On s’attachera à mettre en valeur le jeu des acteurs participant à la structuration des espaces économiques qu’il s’agisse des pouvoirs publics et des acteurs privés.

2- L’Europe dans une épistémologie du politique

Le politique apparaît de la sorte comme un champ de tensions entre plusieurs possibles qui peuvent relever soit du mythe soit de la praxis, mais qui conditionnent une structuration des modes de conflictualisation, des procédures de pacification, voire d’unité. Il sera analysé à travers les cadres qui l’organisent en ce qu’ils relèvent de constructions successives. Il faudra établir la typologie des constructions, de la cité à l’État princier ou royal, de « l’alternative lotharingienne » à l’impérialisme puis à l’anti-impérialisme intra- européens, jusqu’au régionalisme européen dans le monde, et il conviendra surtout d’analyser les connexions ou les déconnections historiques qui peuvent être isolées entre ces différents paradigmes. Le projet cherchera ainsi à rendre intelligible les scansions, les spécificités et les remises en cause de l’idée impériale, de la romanité à l’empire napoléonien jusqu’aux conceptions relatives à l’organisation de l’espace européen/international de l’époque moderne au multilatéralisme contemporain. Mais l’Europe du politique a aussi existé dans le cadre même des États absolutistes puis nationaux qui s’affrontèrent. Ceci à travers l’adhésion des élites à une culture commune. La division ne freine pas la constitution d’un ethos politique qui est dynamique et est sans cesse en restructuration.

La quête d’une identité du politique s’attardera sur une autre forme d’identité : la relation entre liberté et citoyenneté. Ainsi l’adhésion des cités-États à une commune appréhension de la « liberté » sera un des points axiaux de l’enquête. Les composantes d’une telle citoyenneté depuis le XIXe siècle seront recherchées au-delà du modèle républicain français fondé sur la primauté de la nation et de son prolongement supranational possible. Ces composantes procèdent d’une large synthèse où rentrent des données civiles, politiques et sociales, les transferts de savoirs comme cheminement vers une Europe des citoyens. On analysera les différences entre modèles nationaux de citoyenneté et les diverses articulations entre identités politiques nationales et identité politique européenne.

La question de l’espace public européen est centrale pour la compréhension de la construction du politique en Europe et elle doit être mise en relation avec celle des espaces linguistiques et culturels. Selon Habermas, un espace public s’est créé au XVIIIe siècle, puis cloisonné en espaces publics nationaux au XIXe, avant les tentatives de recréation d’un espace public européen au XXe siècle. Ce schéma peut être revisité. L’UE constitue l’exemple le plus affirmé de régionalisme politique et, pourtant, l’espace public européen compte encore peu, coincé entre des espaces publics nationaux structurés et un espace public mondial. Dans un cas cependant, le phénomène d’espace public a fonctionné à l’échelle européenne, celui de la Guerre froide, où, malgré la division du continent, des flux de toute nature ont continué à fonctionner, faisant comprendre comment les Européens ont évolué de part et d’autre du rideau de fer sans être complètement étrangers les uns aux autres. D’une façon plus générale, si l’espace public est un espace de circulation d’informations, d’émotions et d’idées, ainsi qu’un espace de délibération au sein de la société, il est dépendant de ces autres vecteurs que sont les espaces médiatiques, de circulation des langues, des représentations et des pratiques culturelles.

L’épistémologie du politique passera enfin par la voie d’une analyse de l’action et de ses acteurs. L’enquête portera sur des portraits emblématiques d’une identité politique, allant du visionnaire au militaire, du négociateur à l’ambassadeur, du philosophe à l’historien. L’Europe comme politique de l’histoire prendra en compte sa mobilisation par les princes de l’époque moderne dans un but de légitimation de leurs ambitions en passant par les idéologies nationales mais aussi les projets plus récents visant à accompagner le dépassement des affrontements mémoriels.

3- L’humanisme européen ou la construction d’une Europe « pour soi », entre affirmation et crise identitaires

L’appropriation d’une culture gréco-romaine – les « humanités » – comme voie virtuelle de l’Europe. En s’imprégnant de culture grecque, les Romains avaient construit un espace de savoir, fait d’un ensemble de concepts et de pratiques. Plus tard, l’humanisme s’est approprié cette culture en la plaçant dans le cadre régulateur de l’humanitas. On mettra en perspective la construction de cette Europe pour soi dans laquelle la « Voie romaine » restaurée a pu redevenir dans l’imaginaire européen l’élément d’unité culturelle d’une Europe humaniste. Même à une époque, où les humanités semblent s’acheminer vers une quasi- disparition, cet humanisme reste la référence importante. Il convient de vérifier à la fois dans les différentes régions du continent et dans le long terme cette capacité de l’Europe à se ressourcer grâce à ce mode d’appropriation des Anciens, selon des intensités et des consciences variables. Une comparaison avec la civilisation américaine et son rapport aux « humanités » depuis la fin du XVIIIe siècle sera utile. Mais, pour y revenir, le modèle de la pax romana semble aller et venir dans cette appropriation, selon des variables. La pax romana peut être, dans la pulsion humaniste et post-humaniste, le rêve d’une Europe qui serait un « milieu civil et humain de coexistence », neutre, (Alphonse Dupront), reposant sur le dépassement des luttes de religion ou d’hégémonies concurrentes. Un milieu dont les symboles seraient les cabinets de curiosités, les bibliothèques des érudits, les réseaux humains qui se créent par l’écrit et le livre.

L’Europe comme modèle de la république des Lettres : L’Europe en soi comme habitus de dépassement des frontières et des langues, comme rêve intellectuel, sera auscultée. Des études ont déjà exploré cette forme majeure de la sociabilité intellectuelle depuis l’époque d’Érasme, dans un monde qui, s’il postula l’universel, se réduisit à une Europe occidentale construite autour de quelques capitales du savoir. C’est aussi à la postérité de la République des Lettres qu’on s’intéressera. On analysera : 1) la réception de cette notion ; 2) les éléments qui, depuis la fin du XVIIIe siècle, l’ont nourrie. Cette longue histoire implique : 1) de prendre en compte le jeu d’éléments anciens et nouveaux dans la constitution dynamique d’une Europe de l’esprit ; 2) d’ouvrir largement la perspective en direction de l’Europe centrale et orientale ; 3) de considérer l’incidence et la persistance de modes de pensées nationaux ; 4) d’intégrer les facteurs centrifuges et centripètes liés à une mondialisation de la culture et de la science, jusqu’à aujourd’hui. Il s’agira aussi de tenter de comprendre comment, précisément, le modèle de cette respublica peut avoir été un mode de défense face à des procédures latentes ou actives de rupture du conscient ou de l’inconscient de l’unité, en suivant les problématiques établies par Alphonse Dupront et en les questionnant à nouveau à l’aide des interrogations et recherches récentes. Il s’agira encore d’étudier le rapport de l’imaginaire « intellectuel » à l’imaginaire collectif, de discerner les décalages et les écarts qui peuvent avoir conduit à des reflux, à des crises.

L’invention d’une identité à travers la remise en cause de soi devrait être l’objet sur la longue durée d’une mise en valeur de l’idée de « crise de conscience européenne ». Aussi bien au XVIe qu’au XVIIIe siècle, la conscience de soi passe aussi par un rejet de soi. Les guerres de religion en viennent à donner à penser que le barbare est aussi le Chrétien, celui qui souille

la terre des crimes accomplis au nom de Dieu. La paix civile est alors dite nécessaire pour contrer ce risque de perte d’identité. Ainsi, au XVIIIe siècle, la valorisation du mythe du bon sauvage joue la double fonction d’une remise en cause de soi et d’une fabrication de bonne conscience européenne. Ainsi au XXe siècle, la découverte des atrocités nazies réactive et conditionne l’idéal européen pensé comme une barrière établie face aux haines, au racisme encouragé et stimulé par les historiographies nationales. L’Europe est une capacité récurrente à se repenser européen à travers l’autre, à se repenser barbare pour mieux se retrouver. Il est évident que cette identité modulée grâce à l’autre, contre l’autre ou avec l’autre, remise en cause par la conscience de l’autre, sera un des axes de l’analyse. L’invention d’une identité sera valorisée comme à la fois une tension et un risque. L’Europe se découvre à elle-même, dans sa durée trans-période, comme inséparable d’un regard sur soi et sur ses divisions les plus sanglantes. Et les phénomènes de transfert sont capitaux : l’état absolutiste capte en lui des valeurs d’unité. Dans cette optique, l’Europe, en tant que réalité géo-politique, est à percevoir comme un paradoxe : de manière certes imprécise, un des possibles historiques de l’Europe naît dans les actes diplomatiques établis à Münster, à l’automne 1648, après trente années de guerres terribles et de violences atroces. Paradoxe, parce que la paix est faite pour que puissent vivre sereinement non seulement la Germanie mais « etiam alias Europeae provincias chrsitiani nominis ». Une paix évoquant donc une appartenance commune des parties-prenantes, mais aussi la nécessité que recherchent les absolutismes pour s’épanouir, absolutismes qui sont les phénomènes réductionnels de l’ancienne unité religieuse.

L’Europe des religions est une question centrale à étudier sur le long terme. Une histoire de l’Europe ne peut pas éviter la question du religieux, d’autant que cette question court dans les discours actuels sur la définition de l’Europe. L’écriture d’une histoire de l’Europe ne pourra éviter la question. On connaît l’importance du débat relatif aux religions au moment de la rédaction du projet de traité constitutionnel et ce débat est loin d’être fermé du fait de l’examen de la candidature de la Turquie. On sait aussi le poids des clivages des identités religieuses, dans les guerres de Yougoslavie de 1992-1999, dans les fantasmes qui guident les débats actuels sur l’immigration. Des éclairages seront donnés sur les relations inter-religieuses à l’intérieur de l’Europe sur le temps long, sur les rapports entre catholiques et orthodoxes après le schisme, entre Église et « hérésie » tout au long du Moyen Age, entre catholiques et protestants après la Réforme et la Contre-Réforme, entre chrétiens et musulmans dans le cadre colonial, puis postcolonial de l’immigration. L’accent doit être mis à la fois sur les déchirements et sur les phénomènes d’influences réciproques qui font évoluer l’humanisme ou les humanismes européens sur le registre de la convergence ou celui de la diversité. De même, l’histoire de l’œcuménisme au XXe siècle est à approfondir dans son rapport avec les projets de construction européenne. Enfin, la question de la construction d’un islam européen est une question d’histoire du temps présent en relation avec l’histoire de la longue durée. Il ne faudra pas, en dernier lieu, passer sous silence la question de l’athéisme comme donnée active d’une dynamique de l’identité européenne. L’Europe des religions a été aussi une Europe de la déchristianisation et il y a là, depuis la Renaissance et les Lumières, une des lignes de forces à valoriser.

L’Europe comme imaginaire de soi et de l’autre. L’analyse d’une identité européenne ne peut passer que par la compréhension des imaginaires sociaux diffusés à l’échelle de l’Europe. Une identité fonctionne à partir des projections qu’une société produit et pose comme idéal ou comme repoussoir. Il s’agira donc d’établir un répertoire des types, des figures à travers lesquels une société se décrit, perçoit ses divisions, élabore ses modèles ou ses contre-modèles, crée des dynamiques qui ont un effet réel sur les politiques de réformes ou de contrôle social, qu’il s’agisse de l’étranger, du marginal, qu’il s’agisse selon les époques des pauvres, des jeunes ou à l’inverse des vieux, ou de minorités à caractère ethnique, politique, religieuse, voire sexuelle. L’Europe en ce sens apparaît aussi comme un espace de

peurs et de fantasmes, du voisin, de l’autre, dont il faut comprendre et analyser les mécanismes sur la longue durée et l’histoire, condition première d’un refus du repli sur soi et donc d’une ouverture au monde. Mais aussi un espace d’habitus qui procèdent de manière particularisée.

4- L’Europe comme « hors soi » : frontières, voisinage et altérité lointaine

L’identité européenne se définit dans son rapport au reste du monde, proche ou lointain, à travers ses relations, ses échanges, ses « effets retours ». On privilégiera les circulations depuis et vers l’Europe dans tous leurs aspects, les transferts qu’elles impliquent et leurs impacts sur l’identité/les identités européennes. Les acteurs et les véhicules de ces relations fourniront une clé d’analyse : acteurs individuels, réseaux, organisations privées, organisations internationales.

La Méditerranée ancienne et médiévale est un espace privilégié d’échanges, de convergences de ruptures souvent conflictuelles entre civilisations. Les constructions politiques comme celle de l’Empire romain ont été longtemps considérées, à tort ou à raison, comme une référence. Dans cette perspective, on étudiera la manière dont cet empire a vécu son ancrage spatial européen et dont ses relations avec le sud et l’est de la Méditerranée ont influé sur le sentiment de former un espace unitaire. Si l’identité de l’Europe médiévale acquiert plus de consistance, elle se définit dans un jeu de relations complexe avec ses voisins méditerranéens. La place des minorités comme acteurs des échanges et des circulations entre Occident et Orient sera particulièrement étudiée. L’histoire de l’Europe est également fortement marquée par les guerres dans la Méditerranée médiévale et les contacts qu’elles induisent, notamment les échanges sur ses formes et ses techniques ou sur ses discours et ses représentations.

L’Europe des frontières, des marches et des marges est une question ancienne, présente et future à la fois. Les frontières de l’Europe ont toujours été mouvantes, à l’Est en particulier, et elles le restent aujourd’hui. On étudiera la construction historique de ces espaces charnières, l’espace baltique, l’espace balkanique et l’espace du monde russe. La problématique du « dedans » et du « dehors » de l’Europe se renouvelle sans cesse dans le temps par son contenu géopolitique et géoculturel. L’élargissement de l’Union européenne à l’Est fait reculer le « hors soi » sur le plan politique. Les sociétés nouvellement intégrées ont et sont un « point de vue » nécessaire à étudier, ne serait-ce que par l’ambivalence qui peut exister entre leur fierté de constituer depuis longtemps les « marches » de l’Europe et leur humiliation d’être considérées comme des marges à « européaniser ». Par ailleurs, l’évolution de la perception et des représentations des espaces périphériques sera étudiée, notamment les anciennes frontières et les anciennes marges, leur histoire et leur patrimonialisation actuelle dans le cadre de l’émergence de nouvelles identités régionales ou nationales au sein d’une Europe en construction par-delà les frontières.

L’espace atlantique est d’abord un espace de contacts, de migrations et de circulations que les historiens étudient désormais dans sa globalité, les Amériques étant souvent présentées comme le lieu de la nouveauté atlantique et, a contrario, l’Europe et l’Afrique comme les continents de la permanence et de l’immobilité. Pourtant, la multiplication des échanges dans l’espace atlantique provoque la mutation des façades maritimes européennes avant de devenir l’enjeu des rivalités globales entre États européens. Les effets en retour posent la question des expériences américaines et de leur capacité à influencer les sociétés et les cultures politiques européennes, sans oublier l’impact de l’Afrique et notamment de la question de la Traite. Depuis la fin du XIXe siècle l’effet retour atlantique sera analysé à travers le diptyque américanisation/européanisation avec le caractère déstabilisant des relations atlantiques pour tout projet européen à travers les recouvrements d’échelles qu’elles induisent entre européisme, atlantisme et universalisme. Une réflexion épistémologique est

précisément à développer sur les notions d’américanisation, de mondialisation et d’européanisation : il s’agira de combiner les acquis de l’histoire des relations internationales, de la science politique, de l’anthropologie et des historiographies du transnational.

La présence européenne en Afrique et en Asie depuis l’époque moderne sera étudiée à travers ses multiples retombées, notamment l’impact des colonisations européennes sur la construction de nos sociétés nationales. Nous sommes ici au croisement d’une histoire des représentations – étudiant l’évolution des regards que se portent les peuples les uns sur les autres depuis l’époque moderne, d’un monde colonisé par les Européens jusqu’à la décolonisation et l’affirmation actuelle des pays émergents – et d’une histoire privilégiant l’étude des transferts politiques et culturels, à partir desquels évoluent nos sociétés. Au fil des siècles, l’Europe se construit par rapport à une perception de l’Autre largement influencée par un rapport dominant/dominé. C’est par exemple la question de la réception des cultures africaines et asiatiques puis de leur influence, notamment depuis les migrations de l’époque postcoloniale. C’est l’affirmation d’une Europe économique à travers la mutation de ses modes de relations avec les anciens espaces dominés, de l’exclusif colonial à la libéralisation des échanges dans le cadre de la mondialisation actuelle. C’est l’évolution des relations politiques avec les pays du sud décolonisés, de l’impérialisme militaire au droit d’ingérence et à la promotion des droits de l’homme.

5- L’Europe des guerres et des traces de guerre

Il s’agira de saisir la façon dont la guerre a fait et défait l’Europe, dont elle a participé aux constructions identitaires encore vivantes aujourd’hui, dont elle a laissé des « traces » relevant de champs différents, celui de la mémoire, celui des héritages. Les Croisades, la Guerre de Cent ans, la Guerre de Trente ans, les guerres révolutionnaires et napoléoniennes, les guerres balkaniques de 1912-1913, les deux guerres mondiales, la Guerre froide, les guerres coloniales, les guerres de Bosnie, du Kosovo seront des exemples étudiés, non pas seulement « en soi », mais aussi à la lumière de la problématique des « traces » et de la gestion actuelle de ces « traces ».

Dans la longue durée des temps modernes et contemporains, l’Europe a pu constituer un laboratoire propre du phénomène guerrier et des conflictualités. Depuis le XVIe siècle jusqu’à 1914, l’idée de guerre européenne/extra-européenne chemine à l’intérieur et à l’extérieur du système européen, dans ses jeux d’échelle locaux, régionaux et nationaux qui ont pu orienter l’invention de l’Europe. Au XXe siècle, la singularité d’un conflit proprement européen à l’intérieur de la guerre mondiale sera recherchée. Après 1990, l’analyse se déplacera sur les caractéristiques de l’Europe de la Défense, de la reconfiguration des schèmes de l’Europe des guerres depuis le XVIIIe siècle. Les guerres, la défense et la recherche de sécurité (formes, modalités, acteurs) ont engendré l’Europe, y compris dans les domaines scientifiques, industriels, technologiques, à l’intérieur des États impériaux, nationaux, fédéraux.

Révélatrice d’autres expériences et d’autres échelles de l’expérience de la violence collective, la géographie des conflits des marges européennes (géopolitique baltique, balkanique, eurasiatique, eurafricaine) est un front pionnier historiographique. Il s’agira de saisir les guerres qui inventèrent le continent aux frontières plutôt qu’au cœur de l’Europe ; ces espaces charnières offrent en effet des rapports différents aux coutumes de la guerre, à ses pratiques comme aux seuils de violence franchis et à ses effets sur les sociétés.

L’histoire de ces grands paroxysmes et traumatismes étudiée par des historiens de périodes différentes sera enfin très féconde à la fois dans leur approche comparatiste et dans le cadre d’une histoire contemporaine de ce qu’il reste de ces grandes déchirures, de ces « traumas », comme « traces », comme « marqueurs » de sensibilités convergentes et

divergentes dans l’Europe d’aujourd’hui. L’Europe se construit en effet par les guerres, la défense et la recherche de sécurité, bien avant la construction officielle de l’Europe. Là encore, la chronologie courte et linéaire doit être dépassée et une profondeur de champ historique doit être adoptée.

La gestion des traces des guerres passée dans la construction de l’Europe d’aujourd’hui est aussi un objet d’histoire du temps présent. Au-delà du couple franco-allemand on prendra en compte les couples germano-polonais, gréco-turc, les couples formés par les différents belligérants de l’espace yougoslave, etc. En particulier, il sera important de lancer une étude critique des manuels scolaires anciens et des manuels nouveaux, comme une source de « formation d’une conscience européenne ».

6- Genre et identités européennes

Le genre a fort à faire avec l’Europe. Les rapports entre les sexes n’ont cessé de contribuer à la structuration de l’espace européen, qu’il soit considéré comme espace politique, marché ou aire culturelle. Aussi cet axe peut-il être considéré comme transversal aux autres. La question centrale sera celle de la spécificité « européenne » ou non des relations hommes- femmes et de la construction des identités masculine et féminine. Trois thématiques seront privilégiées.

L’histoire de l’accès à la citoyenneté politique des femmes et des résistances masculines qui lui furent opposées est un phénomène à considérer dans son ensemble à l’échelle continentale comme marqueur de différenciation politique entre les États.

La question du corps des femmes à travers les représentations, les discours, les pratiques culturelles et les législations constitue un intéressant objet d’analyse. Des « valeurs européennes » de la féminité sont affirmées (pratiques vestimentaires), ainsi que des traditions nationales ou religieuses (législations restrictives sur le divorce, contraception, avortement dans certains pays catholiques).

Le traitement de la différence des sexes paraît créer des différenciations régionales en Europe. Au-delà des différences souvent mises en avant entre Europe nordique et protestante, il sera intéressant de tracer des comparaisons nationales bousculant les stéréotypes et visions sommaires du continent : le mariage entre homosexuels reconnu en Espagne, débats relatifs aux violences faites aux femmes en Suède. Quoi qu’il en soit, la contestation de la domination masculine et la redéfinition constante des rapports de genre participe à l’histoire des sociétés européennes et à leur rapport aux autres mondes.

7- Traditions nationales, circulations et identités dans l’art européen

Dès son origine, avec en particulier les Vies de Vasari, l’histoire de l’art s’est construite autour de la notion d’école, rendue peu à peu inséparable de l’idée de nation, ou d’identité fondée sur une langue, une histoire, une civilisation communes. L’écriture de l’histoire de l’art se fait encore ainsi principalement soit sur le mode biographique, soit sur celui de genre ou de technique, dans un cadre chronologique déterminé (Moyen Âge, Renaissance, époque moderne, époque contemporaine), mais plus encore dans celui, très rarement dépassé, de pays (Italie, France, Grande-Bretagne, Espagne, Pays-Bas, Allemagne, Russie). EHNE vise à dépasser cette problématique, en développant une écriture européenne de l’histoire de l’art et intégrant l’histoire de l’art, discipline ayant ses méthodologies et objectifs propres, à une approche globale non pas comme un élément annexe mais dans une perspective pluridisciplinaire visant à enrichir l’histoire culturelle, politique, sociale et économique.

La mise en œuvre du projet passera par l’établissement de corpus, l’analyse des formes et des styles, une approche économique et sociale de l’histoire du goût, l’étude des textes, notamment critiques. On favorisera particulièrement l’étude de l’histoire des arts « non

français » par des historiens de l’art français, et en retour celui de l’art français ou plus généralement des différents arts « nationaux » par des historiens de l’art étrangers aux pays considérés, afin de favoriser échanges et dialogues non seulement sur les échanges artistiques intra-européens, mais également sur les diverses approches méthodologiques et historiographiques souvent marquées, par une dimension strictement « nationale ».

Seront ainsi poursuivis, en ayant pour cadre de réflexion et de travail l’espace artistique européen dans sa globalité, pour la période médiévale, l’établissement des corpus des vitraux et des émaux, ainsi que l’étude de la circulation des artistes et des œuvres (sur le modèle de ce qui vient d’être établi, en collaboration avec différents centres de recherches allemands, sur le « maître de Naumburg »), pour la Renaissance les recherches sur les formes et les fonctions sociales de l’architecture (comme il a été fait récemment pour « Le prince, la princesse et leurs logis»). Seront privilégiées, pour l’époque moderne, les études monographiques (artistes, collectionneurs et collections, critiques, mais aussi types d’œuvres sur l’exemple de la thèse en cours sur « Les Galeries de glace en Europe à l’époque moderne »). Il en ira de même pour l’époque contemporaine, avec de surcroît la poursuite de projets déjà engagés, comme celui sur les expositions et les Salons au XIXe siècle, ou, pour le XXe et le XXIe siècle, celui sur l’assemblage, qui se sont tous deux, d’emblée, placés dans une perspective européenne et comparatiste.

Ambitions et méthodes

Le projet ne sera pas construit à travers un récit mais selon une grille croisant les moments et les axes. L’ambition scientifique est ainsi liée à la faisabilité du projet. Son ambition est celle d’une lecture globale rendant compte des moments, des enjeux, des inflexions. Elle repose sur la saisie de dynamiques et l’interprétation des facteurs de décomposition, recomposition, de recouvrement. La saisie de l’objet est donc rendue plus réaliste que ne le serait la réécriture d’une histoire exhaustive. Elle est plus ambitieuse car elle cherche à proposer une lecture à la fois décomposée et globale.

Par sa conception même, ce projet implique une pluralité de compétences. Autour d’un groupe d’historiens travailleront des spécialistes de la littérature, de la culture, du patrimoine, du fait religieux, des sciences. Ce projet européen est donc ouvert au dialogue à la fois entre les historiographies européennes et entre les disciplines. Dans ces deux dialogues, il associera dans ses programmes de travail les meilleurs spécialistes étrangers. Au fil de l’avancement du travail, alors que d’autres enjeux ne manqueront pas de se dégager, il sera fait appel à des chercheurs apportant l’expertise nécessaire. En résumé, il est possible de mettre en relief : a) le caractère non occasionnel du projet ; b) son caractère pluridisciplinaire et donc de coopération inter-laboratoires ; c) son caractère international ; d) son caractère « ouvert » et évolutif.

IV- GOUVERNANCE

Elle est conçue en fonction de ses caractéristiques propres : le LABEX EHNE réunit des équipes relevant de plusieurs universités, il couvre une série de 7 thématiques, elles-mêmes multipériodes, et il doit assumer des opérations de valorisation diversifiées et lourdes : encyclopédie, programme d’expositions.

On définit donc une organisation verticale en charge des composantes scientifiques du projet, et une organisation transversale en charge des opérations globales de coordination. La répartition des responsabilités visera à faire participer à chaque échelon des représentants des partenaires majeurs du projet.

Chacun des partenaires principaux pilote l’un des axes scientifiques et désigne le Président du comité de coordination de l’axe qui assure la gestion du budget affecté et des emplois correspondants.

Un site Web propre EHNE sera créé. Outre sa fonction d’information et diffusion envers l’extérieur, il offrira un espace de travail interne, permettant le partage de documents, la coordination des agendas, la création de listes de diffusion électroniques spécifiques.

L’ensemble de la coordination sera placé sous la responsabilité du porteur du projet qui participera au conseil scientifique, et présidera le comité de valorisation et le comité de pilotage.

Il s’appuiera sur un responsable de la communication recruté cet effet : celui-ci sera responsable de la mise en ligne de l’encyclopédie, de la mise en œuvre du site Web, des relations avec les partenaires extérieurs (notamment les Maisons de l’Europe).

Il disposera d’un poste de secrétariat-gestion. Il s’appuiera sur un cabinet d’expertise pour le suivi des opérations, du respect des échéances et des rapports d’étape.

Coordination scientifique

Pour chaque axe, un comité de coordination : total 7 comités.
Un représentant par période. Il fonctionne de manière collégiale. Il fonctionne de manière collégiale, sous la présidence de l’un des partenaires principaux. Il se réunit au moins une fois par semestre.
Un secrétariat scientifique : assuré par un post-doctorant.
Missions : le comité de coordination travaille en relation avec les responsables de thèmes propres à chaque axe. La coordination porte sur les travaux scientifiques (séminaires, ateliers), les activités de valorisation (ouvrages de synthèse, encyclopédie), l’utilisation du budget affecté à l’axe.

Le conseil scientifique du projet

Composition :

  • –  Les sept Présidents des comités de coordination ou leurs représentants.
  • –  Le président du Comité de pilotage.
    Son président est élu parmi les experts extérieurs.
    Un secrétariat scientifique : assuré par un post-doctorant. Missions :
  • –  il définit le programme pluriannuel des travaux en relation avec les comités de coordination des 7 axes.
  • –  Il définit en fonction de ce programme le profil du titulaire de la chaire EHNE, il assure son recrutement et organise les activités de la chaire en relations avec ce titulaire, le titulaire étant ensuite affecté dans l’un des laboratoires partenaires principaux du LABEX.
  • –  Il coordonne la politique de publication et la mise en œuvre de l’encyclopédie (en fonction de l’architecture globale définie la première année et du programme pluriannuel de travail).Le Conseil scientifique se réunit au moins deux fois par an dont une fois en séance plénière avec les membres du comité international.Comité internationalIl sera composé d’universitaires ou chercheurs appartenant à des équipes étrangères partenaires du Labex. Il aura une mission d’expertise et de conseil auprès du conseil

scientifique. Il aura également pour objectif de valoriser les liens entre le Labex et les équipes européennes partenaires.
Ses membres pourront être consultés au cas par cas et associés à certaines réunions d’axes. Ils se réuniront une fois par an avec le conseil scientifique du Labex.

Le comité de valorisation

Il est composé des présidents des sept comités de coordination des axes, du Président du Conseil scientifique et de trois représentants de la société civile ou des éditeurs partenaires du projet.
Il est présidé par le Président du comité de pilotage, et se réunit au moins une fois par an. Missions :

– Il assure la coordination de la mise en œuvre de l’encyclopédie en fonction de l’architecture qui aura été définie.

– Il assure la coordination de la collection d’ouvrages de synthèse.
– Il assure les activités liées au programme d’expositions prévu avec les maisons

de l’Europe.
– Il assure la coordination des relations avec les think tanks.

Il s’appuie pour ces tâches sur le responsable du site et de la communication. Le secrétariat sera assuré par le/la secrétaire du LABEX.

Le comité de pilotage

Composition :

  • –  Un représentant de chacun des partenaires principaux du LABEX (IRICE, Roland Mousnier, Centre d’histoire du XIXe siècle, CRHIA, École Nationale des Chartes, Archives Nationales).
  • –  Le président du Conseil scientifique.
  • –  Un membre extérieur issu du comité de valorisation. Il est présidé par le coordinateur du projet.Secrétariat assuré par le/la secrétaire du LABEX. Missions :
  • –  Il assure la coordination d’ensemble du LABEX en relations avec le conseil scientifique et le comité de valorisation.
  • –  Il s’assure du bon respect des échéances et de la coordination des activités scientifiques et de valorisation.
  • –  Il assure la mise en œuvre des objectifs en matière d’enseignement et de formation en relation et dans le cadre des Universités concernées.Le comité de pilotage se réunit au moins une fois par semestre.Contrôle de la gouvernanceLe contrôle des opérations portera sur le respect des normes scientifiques (du ressort du Conseil scientifique) et sur le respect des échéances des travaux, en particulier de valorisation (du ressort du comité de pilotage).Les 7 post-doctorants seront responsables de la mise en œuvre de l’encyclopédie. Le contrôle portera sur la rédaction des articles, le respect de l’architecture d’ensemble et des délais.Un cabinet d’expertise accompagnera le projet pour le suivi des opérations, le respect des échéances et la préparation des rapports d’étape.

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